Le vieillissement est un processus « normal » qui concerne tout le monde, où l’aptitude de notre organisme à assurer ses fonctions et à s’adapter à l’environnement diminue progressivement. Partant d’idées reçues, voilà un petit état des lieux de ce qui se déroule dans notre tête et notre corps lorsque l’on prend de l’âge, et comment mettre toutes les chances de son côté pour vieillir en bonne santé.

« Entre 20 et 60 ans, vous allez perdre 40 % de vos capacités intellectuelles. Si vous atteignez l’âge de 70 ou 90 ans, vous connaîtrez des déclins encore plus accentués. Toutefois ces déclins seront amoindris si vous avez suivi un long parcours scolaire. Si vous détenez par exemple une licence d’université, vous diminuerez par deux ces effets. Ces déclins peuvent également être limités par une vie professionnelle riche et stimulante. Ils peuvent au contraire s’accentuer sous l’effet d’un certain nombre de facteurs » (Patrick Lemaire, Le vieillissement cognitif normal, Centre d’analyse stratégique, 08 juin 2010)

Vieillir est synonyme de maladie

Si vieillir n’est pas une maladie, il existe des pathologies liées à l’âge comme la maladie d’Alzheimer (225 000 nouveaux cas diagnostiqués chaque année en France). On distingue trois types de vieillissement cognitif :

  • normal, où les performances demeurent dans les normes comparées aux sujets du même âge et ayant le même niveau socio-éducatif ;
  • à risque, où les troubles cognitifs sont légers mais souvent annonciateurs d’une démence (80% des sujets deviennent déments dans les six ans suivant le diagnostic de ces troubles) ;
  • pathologique, où sont recensées les démences neuro-dégénératives et vasculaires.

Avec la vieillesse, nos nerfs conduisent moins vite les influx nerveux ; nos artères sont moins élastiques ; notre capacité ventilatoire se réduit ; le transit intestinal se ralentit ; nos reins filtrent moins bien ; nos yeux s’accommodent moins ; les os se fragilisent (ostéoporose) ; les articulations s’usent (arthrose) ; on perd de la masse musculaire et de la force, ainsi que de la puissance, mais aussi en souplesse et en vitesse de mouvements, etc. Autant de raisons de se plaindre… sans pour autant être malade. Ceci étant, ces phénomènes peuvent s’associer à des douleurs, s’inscrire dans des pathologies ou constituer des facteurs de risque (fracture du col du fémur par exemple en cas d’ostéoporose).

On vieillit tous pareil, à la même vitesse

Et non, nous ne sommes pas tous égaux face au vieillissement. Si le volume cérébral se réduit d’environ 2% par décennie entre 20 et 80 ans et que les facultés de raisonnement déclinent de façon importante à partir de 30 ans, certaines personnes connaitront avec l’âge des difficultés cognitives légères et d’évolution lentes, quand pour d’autres elles seront importantes et d’évolution rapide. Et chez un même individu, il existe un vieillissement différentiel des organes : nos fonctions ne suivent pas la même vitesse d’évolution.

Une fois adulte, le cerveau n’évolue plus

Notre cerveau est doué de plasticité, cette capacité de modifier l’organisation de nos réseaux de neurones en fonction de nos expériences – sources permanentes d’apprentissages – et ce durant toute notre vie. Apprendre repose sur le renforcement et l’élimination de synapses qui changent le comportement de nos neurones, et ce réarrangement synaptique est relativement rapide.

Cette faculté de régénérescence de notre cerveau est compromise lorsque 1) l’on n’apprend plus, que l’on ne s’émerveille plus face à l’inconnu, 2) lorsque l’on a des difficultés à faire face aux situations déplaisantes (état de stress), 3) quand on consomme chroniquement des psychotropes, 4) lorsque l’on bouge peu, 5) quand on est socialement isolé.

Etre isolé socialement accélère le déclin cognitif

Le lien supposé entre l’isolement social et la survenue d’une démence n’est pas retrouvé dans les études sur le sujet. Par contre une étude a montré que le sentiment de solitude sans isolement social était un facteur prédictif de démence : le risque de sévère déclin des aptitudes mentales pour les personnes se sentant seules serait multiplié par 1,7 comparativement à celles qui n’éprouvent pas ce sentiment. Fait important : ce lien n’est pas retrouvé pour les individus isolés socialement qui ne ressentent pas de solitude.

La taille du cerveau est indépendante du vieillissement cognitif

Notre cerveau possède une réserve, la réserve cérébrale, liée à sa taille et au nombre de neurones et de synapses (on parle également de réserve neuronale). Elle est la capacité à supporter des atteintes du cerveau sans apparition de symptômes. Un cerveau volumineux avec de nombreuses connexions se voit donc davantage protégé qu’un cerveau plus petit. Cette réserve cérébrale détermine une compensation passive des effets de la pathologie.

En interaction avec cette réserve « structurelle » du cerveau, il existe également une réserve cognitive qui dépend de facteurs majeurs comme le niveau d’éducation, les activités sociales et intellectuelles, l’accomplissement professionnel. Cette réserve cognitive réalise alors une compensation active des effets de la pathologie : propre à chacun, elle se constituerait tout au long de la vie avec augmentation du nombre de neurones fonctionnels ; elle intègre l’expérience acquise et rend compte des stratégies à l’œuvre pour utiliser au mieux nos réseaux cérébraux.

Le vieillissement est surtout une question de génétique

Il y a de nombreux facteurs qui concourent au vieillissement, la génétique mais aussi des facteurs psychologiques, environnementaux, sociaux, culturels, biologiques-médicaux etc. :

  • au plan génétique, porter le gène APOe4 augmente de trois fois le risque de développer une démence ;
  • certains facteurs liés au mode de vie ont un effet protecteur sur le déclin cognitif, comme l’apprentissage, l’exercice mental et physique, l’engagement dans des activités sociales, la gestion du stress, le sommeil, l’alimentation ;
  • au plan médical, les facteurs de risque de survenue de maladies cardio-vasculaires sont aussi des facteurs de risque pour le déclin cognitif, tels l’hypertension, le diabète, le cholestérol, la dépression, les effets secondaires de médicaments, les déficits sensoriels ou encore la consommation excessive à long terme d’alcool.

On ne peut que subir le vieillissement

Le mode de vie a une influence majeure sur la qualité du vieillissement, et il est alors possible d’agir concrètement pour entretenir sa santé avec l’âge, sans s’en remettre résigné aux seules lois de l’ADN. Dans cette optique, la motivation est un paramètre de premier plan.

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Le cerveau des femmes vieillit mieux que le cerveau des hommes

Derrière cette affirmation se cache l’idée que l’on pourrait avoir une différence liée à l’effet de certaines hormones sur l’organisme en fonction du sexe. Outre le cerveau, on connait bien la différence qui s’accentue entre hommes et femmes face à la perte de masse et de densité osseuses avec l’âge, principalement liée à la chute assez brutale des hormones sexuelles féminines qui ont normalement un effet protecteur sur le squelette. Cependant ces différences sont moins visibles sur d’autres composantes du corps comme la masse musculaire. Mais la différence ne signifie pas pour autant une cause. Par exemple, ce n’est pas parce que les hommes ont en moyenne une masse cérébrale plus élevée que celles des femmes que ces dernières sont moins intelligentes.

Les changements dans le cerveau et les comportements sont rarement liés aux actions d’une seule hormone. Compte tenu des grandes différences interindividuelles au niveau des concentrations hormonales lors du vieillissement, les effets sur le cerveau seront plus liés à celles-ci qu’à des différences liées au sexe proprement dites.

Ainsi, on verra des effets positifs de la testostérone sur la densité des connexions entre neurones mais surtout sur la matière blanche, les cellules gliales, des effets positifs des œstrogènes sur les processus cognitifs, ou encore de l’ocytocine sur les processus socio-émotionnels, mais des effets négatifs du cortisol lié au stress sur la dégénérescence neuronale et les processus mentaux.

L’activité physique et le sport deviennent dangereux avec l’âge

En réalité, c’est tout l’inverse : c’est l’inactivité physique, et plus précisément le temps passé assis dans la journée, qui est le plus dangereux pour notre santé cardiovasculaire. Moins on bouge, moins nous avons envie de bouger ! Si nous pensons qu’en s’activant trois fois dans la semaine cela suffira pour y remédier, c’est peine perdue. Il existe bel et bien une relation dose-réponse entre le temps passé assis et la mortalité toute cause confondue et les maladies cardiovasculaires.

L’activité physique dans sa forme la plus générale est donc un excellent moyen de limiter voire contrecarrer ces effets délétères sur la personne vieillissante. Il suffit pour s’en convaincre de regarder quelques vidéos de sportifs très âgés qui continuent à s’exercer malgré leur âge très avancé.

La perte de masse musculaire cause la perte de force

Très souvent on associe la fonte musculaire liée à l’âge ou sarcopénie avec celle de la force et de la puissance. Cependant, il a été récemment démontré que les aspects anatomique et fonctionnel pouvaient ne pas être en corrélation. C’est pourquoi a été introduit le terme de dynapénie. Ce dernier rend compte du fait que l’on peut conserver sa masse musculaire mais sans pour autant être capable de l’utiliser à bon escient. En effet, le système nerveux est responsable de l’activité de nos muscles et se trouve être le pilote du développement de notre force et de notre puissance. Les centres nerveux à l’origine du mouvement sont responsables de la quantité de stimulation envoyée pour activer nos muscles afin de réguler le niveau de force selon les besoins. Celle-ci est proportionnelle au niveau de nerfs moteurs mobilisés qui précèdent tous les autres phénomènes aboutissant à la mise en tension de nos muscles. Sans l’intention de bouger, il n’y a pas de mouvement. Plus on voudra bouger, plus le trajet du cerveau au muscle sera entretenu. À masse musculaire similaire, c’est la personne qui saura le plus activer ces neurones moteurs qui produira le plus de force et de puissance musculaire. Il en résulte qu’un programme adapté d’exercices physiques ciblant cette capacité d’engagement nos muscles permet de recouvrer rapidement la force/puissance nécessaire à notre autonomie.

En conclusion et au regard des données aujourd’hui disponibles sur les facteurs qui concourent au vieillissement, l’idée – pour ne pas dire le slogan – de l’avenir qui se prépare dès aujourd’hui ne sonne plus comme une généralité creuse. La prise de conscience des enjeux médico-sociaux-économiques conduit d’ailleurs les pouvoirs publics à proposer des mesures influençant le style de vie, qui encouragent notamment la pratique d’activités physiques.