« A quoi tu joues ? »

A quoi tu joues ?  Quand l’intention précède l’action…

Vendredi, l’équipe de France de Football a perdu au Stade de France 3-2 face à la Colombie. 30 premières minutes de football « champagne » basées sur des performances individuelles n’ont pas suffit.
L’entraineur Didier Deschamps a déclaré à la presse :
« Dans les intentions, on n’était pas là ».
« Indépendamment des erreurs, dans les intentions, on n’était pas là, là-dessus ils nous ont donné une leçon. Il y a beaucoup de qualité dans ce groupe mais ça ne suffit pas, les exigences du haut niveau demandent beaucoup plus. On menait 2-0, on perd 3-2 : notre deuxième mi-temps a manqué de qualité, de générosité, de détermination. On a peut-être fait preuve de suffisance, le haut niveau ne pardonne pas ».

Qu’est-ce que cette anecdote nous apprend de notre rapport au jeu ?
Les Français voulaient jouer chacun pour soi avec des fulgurances individuelles. Chacun avait l’intention de se faire remarquer de l’entraîneur pour avoir sa place sur le terrain en vue de la prochaine Coupe du Monde de Football.
Les Colombiens ont su mettre en avant l’intention de gagner ensemble, et ils ont réussis.

« A quoi tu joues ? »

Regardez deux enfants qui ne se connaissent pas, entrer en contact :

L’un observe l’autre jouer, puis il s’approche et lui pose d’emblée la question :
« A quoi tu joues ? »,
ensuite il commence à jouer en acceptant les règles de ce jeu,
après, il va proposer la co-construction de nouvelles règles : « Et si, on faisait comme cela… ».
Il va s’en suivre une discussion/négociation
et un résultat : on continue à jouer ensemble ou on arrête.
Les présentations sociales mutuelles se passent bien après (T’a quel âge ? comment tu t’appelles, où habites tu ?).

L’intention du « à quoi tu joues » est la mise en contact, le plaisir de se structurer, de se construire et d’apprendre. Dans cette phase d’approche, les deux sont enfants ont dans une posture de parité.

Donc :
Phase d’observation et d’étonnement positif
Phase de mise en relation par le jeu
Phase de partage et de co-construction de nouvelles pratiques

Phase d’engagement et de résultat : on continue, arrête ce jeu, en commence un autre, etc.
La phase présentation/masque social n’intervient qu’après la phase action

 

« A quoi tu joues ? »

Quand un adulte le dit à un enfant ou à un autre adulte, ces mots cachent souvent une intention différente. Il peut s’agir de reproche, de jugement, de désapprobation, le tout dans un rapport d’autorité.

Le ton devient suspicieux, moqueur, dévalorisant, parfois accusateur.
On prête à l’autre une intention néfaste à notre égard : duplicité, jeu de dupes, etc.
Il n’y plus rien de l’étonnement positif, de la confiance ou de l’ouverture. L’un est dans une posture haute, l’autre peut l’être aussi pour répondre à « l’attaque » ou dans une posture basse pour la subir.
Cette réaction d’alarme est le stade initial du stress où l’organisme reconnaît l’agression et se prépare à agir : combattre ou fuir (« fight or flight ») ou bien se soumettre.

Cette réaction implique les systèmes nerveux et endocrinien. Les glandes endocrines libèrent des hormones (cortisol et adrénaline) qui accélèrent les rythmes cardiaque et respiratoire, élèvent la glycémie, augmentent la sudation, dilatent les pupilles et ralentissent la digestion.

 

Du « à quoi tu joues ? » au « pourquoi tu joues ? »
Quels sont les bénéfices des différents types de jeux

Le jeu a toujours existé dans toutes les civilisations des plus primitives jusqu’à aujourd’hui.

En regardant autour de vous, ne serait-ce que dans les transports, vous constaterez que le temps de jeu des adultes s’est notoirement accru avec l’avènement des smartphones.

 

Quels sont les différents types de jeu et quels bénéfices y trouve-t-on ?

Quand on joue, on s’évade.
On n’est plus soi.
On est un joueur.

Le plus souvent, on est un autre symbolisé par un avatar comme si être « soi », être reconnu comme joueur était néfaste à notre réputation !
Selon Roger Callois, « Les jeux et les hommes »,  il y a 4 types de jeux :

Jeux de compétition : un dépassement de soi où l’échec n’a pas de conséquence

Jeux de hasard : un lâcher-prise et une égalité des chances entre les joueurs

Jeux de simulacre : jeux de mimes, de théâtre permettent de faire « comme si » et de changer de rôle

Jeux de vertige : jeux de Fête Foraine qui permettent des transes liées à un plaisir physique

 

Le point commun à tous les jeux tient à la notion de FLOW (psychologie positive) : nous sommes « pris » par le jeu dans une performance optimale dans l’instant présent. C’est-à-dire que nous sommes à l’optimum entre nos capacités et le challenge que nous impose le jeu.

Le concept de Flow a été élaboré par le psychologue Mihály Csíkszentmihályi.
Il s’agit de l’état mental atteint par une personne lorsqu’elle est complètement plongée dans une activité, et se trouve dans un état maximal de concentration, de plein engagement et de satisfaction dans son accomplissement.

Ce Flow est ce que chacun recherche dans la performance individuelle et collective en entreprise : le moment où « alignés » nous dépassons ce que nous croyons être nos limites pour être dans l’excellence

 

Le jeu de pouvoir,
quand le jeu devient « dramatique » …
Quel est l’enjeu du jeu pour les protagonistes ?

 

Entre adultes, il y a aussi les jeux dits « psychologiques », plus ou moins joués de façon inconsciente, comme le fameux triangle de Karpman ou triangle dramatique.

Le triangle dramatique a été inventé par le psychologue Karpman (analyse transactionnelle) dans les années soixante pour expliquer certains problèmes relationnels récurrents.

Il s’agit d’un jeu à 3 qui se joue avec ou sans public.

Dans ce Jeu, aucun des trois acteurs n’a envie que la situation ne change, car chacun est satisfait de son rôle et en retire un intérêt personnel, se créant ainsi un certain équilibre et surtout une justification d’intention.
Donc la Victime ne veut pas sortir de son rôle de victime,
le Sauveur ne cherche pas vraiment à aider la victime,
le Persécuteur ne cherche pas non plus à enfoncer la victime,

Ils font tous semblant pour que le jeu continue.
Le plus souvent ce jeu se pratique en public (entreprise, cercle familial ou associatif) mettant les spectateurs dans un certain malaise : doivent-ils prendre partie ? l’ignorer ?

 

« A quoi tu joues ? » devient une des solutions pour démasquer les joueurs en dénoncant le jeu.

 

En entreprise, programmer une régulation avec un coach d’équipes peut résoudre la question en une ou plusieurs réunions.
Il s’agira d’en revenir aux faits, de partager les représentations des protagonistes et du groupe, puis de construire une solution ensemble accompagnée d’une règle de fonctionnement.

 

En illustration, je vous conseille la vidéo :


Je suis sûre que vous y reconnaitrez quelque chose de déjà-vu et peut-être vécu.

 

Pourquoi le jeu est-il utilisé en coaching d’équipes ?

Le jeu n’est pas un objectif en soi, il est un moyen pour sortir du cadre des positions établies dans l’équipe.
Il s’agit de mise en situation sans enjeu.
Les personnes réunies sont là pour exécuter un challenge et trouver ensemble une solution.
Le jeu permet de dépasser posture et son rôle dans l’entreprise pour s’unir dans le but de réussir ensemble.

Après avoir posé le cadre du jeu, c’est-à-dire ses règles, sa logistique et sa durée, le coach est en phase d’observation du fonctionnement de l’équipe : organisation, communication, prise de challenge, process…
Le coaching ne commence que dans la phase de débriefing (deux fois plus longue que la durée du jeu) où il s’agira de partager les ressentis, de regarder les modes d’organisation mis en place par l’équipe et la façon dont on peut les modéliser pour les reproduire de retour dans l’entreprise.

 

Le jeu permet de « sortir du cadre » et de s’autoriser de nouveaux modes de fonctionnement en équipe puisqu’on n’est plus soi, mais que l’on appartient à un ensemble de joueurs-équipier réunis pour relever un challenge… comme le ferait une équipe performante dans l’entreprise.

 

Mais attention, le jeu doit être choisi avec minutie, sa finalité est de faire émerger une prise de conscience du fonctionnement de l’équipe en relation avec l’objectif du coaching.

Il s’agit de créer une cohérence entre tous les jeux utilisés lors d’un séminaire qu’il s’agissent de warm-up, d’ice-breakers ou de challenges.

 

Issue du secteur audiovisuel, je me suis entourée de scénaristes et de game-designers, connaissant les problématiques d’entreprise, de façon à pouvoir proposer de catalyser l’effet coaching sur les équipes dans une offre sur mesure mêlant jeux, ateliers techniques et débriefings au sein d’un même univers.

 

Pour résumer, selon moi, un jeu ou un team-building ne prend sa pleine puissance en termes de création de valeur pour l’entreprise que s’il est débrieffé par un coach.

Le débrieffing, qui est deux fois plus long que le jeu permet d’aller bien au-delà du bon moment passé ensemble :

Il fait  grandir l’équipe en reconnectant chacun avec son être profond,

Il Fait émerger l’intelligence collective de l’équipe,

Il donne le pouvoir d’oser et libère la créativité puisque faire erreur est sans conséquence,

Il protège puisque ce n’est pas son persona qui participe mais l’équipier-joueur.

Alors, on joue ?

About the Author:

Sylvie Grimblat
Qui suis-je ? - Ancienne athlète de haut niveau en jumping J’y ai appris l’excellence au quotidien, la prise de risque sereine et le pouvoir de l’instant présent. Un moment d’inattention et c’est la chute. A 400 mètres minute, c’est cuisant ! - Producteur audiovisuel J’ai fait passer des centaines de personnes à la télévision dans des émissions de témoignages. J’ai appris comment amener ces personnes à se faire entendre, comprendre et convaincre en se respectant et respectant ses interlocuteurs, à vaincre leur stress et à être efficace tout de suite dans leur prise de parole. Je suis spécialiste de l’attention, celle que l’on donne et celle que l’on perd, en étant du côté de celui qui écoute (le client, le prospect, l’interlocuteur). - Coach professionnel Ma formation certifiante et mon expérience de nombreux coachings de dirigeants et de managers m’ont appris à trouver la clé permettant aux personnes de se reconnecter avec leurs ressources pour se révéler à elles-mêmes et atteindre leurs objectifs - Coach d'équipes certifiée CNCP : créatrice du concept de Team-Building Interne qui prend le sport comme métaphore de l'entreprise - Formateur en prise de parole et en connaissance de soi L’expérience terrain en production audiovisuelle, la conscience de l’instant présent en sport, l’expérience de l’humain en coaching se cumulent dans mes formations à la prise de parole. J’y ajoute un tour de mains pragmatique adapté à chacun. Ma formation unique s’adapte à chaque participant puisque chacun d’entre eux, l’est avec son histoire, ses ressentis, ses aspérités et ses désirs. - Publications et Médias Créatrice de la méthode d’apprentissage agile PECHE IMPACT® pour passer du savoir-faire au faire savoir. Auteur de l'approche GPS de la formation à la prise de parole Auteur de l’e-book : « Votre parole c’est vous » Intervenante dans l’émission de radio : L’arène du sport de Lamine Kezzim - Membre du Club de Coachs Nrgy - Membre originel du Média Club - Adhérente à l’EMCC - L’œil du Bonheur, coaching et formations, est inscrit au Datadock

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