Burn-out, la surenchère du toujours plus performant ?

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En France, plus de trois millions de personnes présentent le risque de faire un burn out, et 25% des salariés pourraient un jour en être victimes. Tous les milieux professionnels sont concernés par ce syndrome. Depuis ces cinq dernières années, le nombre d’arrêt de travail pour cause de burn-out a augmenté considérablement. Même s’il peut concerner tout le monde, les managers sont les plus touchés. Les raisons de ce phénomène : un surinvestissement au travail conjugué à une surcharge de travail en constante augmentation, avec une connexion permanente au travail « grâce » aux outils high-tech…. la surenchère du toujours plus performant. Les députés ont même demandé sa reconnaissance comme maladie professionnelle afin d’être totalement pris en charge par l’employeur, le 7 décembre 2014. Doit-on considérer que nous sommes face à un phénomène sociétal qui laisse apparaître une nouvelle pathologie des temps modernes ?

Parmi l’ensemble des actifs occupés, 3,2 millions seraient en situation de travail excessif et compulsif, présentant un sur-engagement pathologique et connaissant un risque élevé de développer un syndrome d’épuisement professionnel. Plus d’un travailleur sur dix vit son travail comme une obligation et oscille entre hyperactivité et abattement, l’anxiété prenant largement le pas sur le plaisir au travail.

Que signifie burn-out ?

Le « burn-out » est une expression anglo-saxonne qui qualifie ce que nous connaissons en France sous le terme d’épuisement émotionnel, qui peut être soit d’ordre professionnel et/ou personnel. Le verbe « to burn out » signifie littéralement « griller » (un circuit électrique, une prise), « brûler » ou encore « s’user », « s’épuiser » en raison de demandes excessives d’énergie, de force ou de ressources. En 1974, le psychanalyste et psychothérapeute américain Herbert J. Freudenberger pose une première théorie à propos de ce phénomène, en utilisant comme terrain d’enquête son propre univers professionnel, alors qu’il étudiait une population d’addicts aux drogues.

Le syndrome d’épuisement professionnel – ou burn-out – est un ensemble de réactions consécutives à des situations de stress professionnel chronique dans lesquelles la dimension de l’engagement est prédominante. Il se caractérise par 3 dimensions :

  • l’épuisement émotionnel : sentiment d’être vidé de ses ressources émotionnelles ;
  • la dépersonnalisation ou le cynisme : insensibilité au monde environnant, déshumanisation de la relation à l’autre (les usagers, clients ou patients deviennent des objets), vision négative des autres et du travail ;
  • le sentiment de non-accomplissement personnel au travail : sentiment de ne pas parvenir à répondre correctement aux attentes de l’entourage, dépréciation de ses résultats, sentiment de gâchis etc.

Le burn-out est en grande partie causé par le stress, ou plutôt le surdosage de stress, c’est-à-dire un niveau élevé et constant de stress.

Identifier les risques ?

Se prémunir c’est identifier si on est à risque et si certains signes caractéristiques commencent à s’installer dans notre quotidien. La personnalité dite « burnoutable » doit apprendre à se connaitre, à identifier les signes et les zones à risques correspondant à des comportements à risques au travail ou dans sa vie personnelle.

Différentes études ont spécifiquement permis de souligner le rôle des facteurs suivants :

  • Surcharge de travail, pression des délais,
  • Faible contrôle sur son travail,
  • Manque de reconnaissance,
  • Manque d’équité,
  • Conflits de valeur, demandes contradictoires,
  • Manque de clarté dans les objectifs, les moyens.

Quels sont les signes du burn-out ?

  • Le désordre physique: insomnie, fatigue, douleur diffuse etc.
  • Le débordement émotionnel : irritabilité, impatience, pleurs, fragilité, relations difficiles avec son entourage ;
  • Les difficultés intellectuelles: manque de concentration, manque de réactivité, perte de mémoire, perte de confiance en soi, incapacité à terminer une tâche, perte d’intérêt, perte de motivation, d’énergie, perte d’efficacité ;
  • Un changement comportemental: agressivité, désorganisation, isolement, rupture sociale, perte de lien.

Le questionnaire MBI peut également aider la personne à identifier s’elle est dans la zone rouge, la zone à risque.

Quels sont les pistes pour en sortir ou pour l’éviter ?

  • Veillez à son équilibre vie personnelle/vie professionnelle : sachez prendre du temps pour vous et vous déconnecter du travail (pas de mail ni téléphone le soir après 20h et le week-end) ;
  • Revoyez votre niveau d’exigence surement trop élevé : lâchez prise et acceptez d’en faire moins… juste pour accepter d’être imparfait ;
  • Rechargez les batteries régulièrement par des exercices de mindfulness, ce qui vous permettra d’être plus à l’écoute de vos signaux d’alerte.

Les salariés Français se surinvestissent dans leur travail avec une spécificité culturelle du déséquilibre vie personnelle/vie professionnelle. Pas seulement en terme de temps de travail mais aussi par un engagement émotionnel élevé (ils veulent réaliser leurs tâches dans les règles de l’art). Nous sommes dans une culture du sur-engagement.

Le burn-out professionnel, c’est finalement la conjonction d’un environnement de travail caractérisé par un mode organisationnel stressant et la personnalité d’un individu qui va absorber les défaillances du système avec courage, plaisir et une implication totale.

About the Author:

Brigitte DEPLAIX
Directeur associé de TakeCare Conseil. Consultante en management et performance durable. Psychologue TCC &TNC – Psychosociologue. Diplômée en Management stratégique (Université Paris Dauphine) et en psychologie.

One Comment

  1. Valentine 21 septembre 2016 at 20 h 27 min - Reply

    Une collègue vient de faire un burn out, au sens propre du terme. Une décharge électrique dans le cerveau. C’est un . Pression, surinvestissement, le pire est que l’entreprise est sympa, mais en surchauffe d’activités et désorganisée. C’est le manque de management opérationnel qui crée d’énormes pertes d’énergie humaine. Une majorité de pme doit être dans ce cas. Les employés devraient pouvoir avoir recours à des spécialistes de la gestion opérationnelle, liė à l’inspection du travail, pour conseiller les chefs d’entreprise.
    Je fais lire votre article à ma collègue dès sa sortie de l’hôpital.

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