Et c’est là que j’ai pris la décision…

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Chacun d’entre nous a certainement déjà employé ces mots en racontant soit une anecdote privée, soit une expérience vécue de dirigeant ou de manager d’équipe ou encore dans la partie « story-telling » de son pitch de vente.

J’ai pris la décision de vous raconter une histoire de coaching de dirigeant :

Dernièrement, un client m’a contacté pour l’accompagner vers la sortie du brouillard qui embrumait ses pensées et l’empêchait d’avancer dans ses projets personnels comme professionnels. Il était Directeur d’un département d’une société dont la Direction venait de changer et sentait sa situation instable, sa femme l’avait quitté, sa santé n’était pas bonne. Depuis un certain temps toutes ses pensées négatives tournaient en boucles auto-confirmantes : faits désagréables – émotions négatives – anticipations négatives – ruminations chères au Docteur Bernard Ansellem, auteur de « Je rumine, tu rumines, nous ruminons ».

Il sentait qu’il se perdait dans la ronde négative de ses pensées et a pris deux premières décisions : faire appel à un coach et me contacter.

A notre première rencontre, je l’ai vu abattu, marchant à petits pas, la tête basse. Son corps semblait supporter tout le poids de ses soucis.

Après avoir posé le cadre, nous avons entamé une conversation de coaching c’est-à-dire un travail qu’il entamait par lui-même et pour lui-même.

Cet homme se « noyait » dans la profondeur de « son » ou de ses problèmes.

Il aurait voulu prendre tout le temps de sa séance pour m’expliquer à quel point la situation était pour lui inextricable, à quel point il était malheureux, à quel point il ne savait pas comment s’en sortir. Me raconter tout ce qu’il savait déjà n’aurait créé aucune valeur pour lui.

Mon accompagnement a consisté à le questionner pour le faire sortir de son « espace problème », domaine qu’il explorait dans tous ses recoins depuis longtemps.

A chaque fois, tel le syndrome de Stockholm, il voulait y retourner et m’y entrainer avec lui.

A un moment, en parlant de ses problèmes de santé, il m’a dit : « alors c’est là que j’ai pris la décision de… ».

C’est à cet instant que je l’ai coupé dans son élan narratif en reformulant :

« vous avez décidé ? qu’est-ce que vous pourriez décider dans ce qui vous préoccupe aujourd’hui ? ».

Un long silence, que je n’ai pas interrompu a répondu à ma question.

Il s’agit de la prise de conscience, l’insight, le moment où l’on a accès à une nouvelle façon de penser et à l’élaboration des solutions.

Ensemble, nous avons examiné les différents points évoqués en les considérant comme une opportunité de faire différemment, d’arrêter de subir pour se décider à passer à l’action.

Nous avons terminé la séance sur un plan d’engagement constitué d’actions concrètes à mener : lâcher-prise sur certains points, avancer sur d’autres en se donnant des échéances précises permettant de mesurer la progression vers ses objectifs.

Comment est-il sorti de l’espace problème ?

Mon écoute profonde, ma présence dans l’instant présent et mon incarnation du comportement-cible lui ont permis de s’écouter penser.

Les neurosciences nous apprennent que ce sont les neurones miroirs, découverts en 1995, qui nous permettent ce phénomène de mimétisme : les mêmes zones du cerveau sont activées dans le cerveau de celui qui fait une action et dans le cerveau de celui qui l’observe à la condition qu’il y ait une alliance entre les protagonistes, condition nécessaire au coaching.

A cet instant, ce dirigeant a pris conscience de ses ressources, il a verbalisé l’expérience réussie qu’il venait de réaliser : « Et c’est là que j’ai pris la décision de… ».

Et c’est un autre homme qui est apparu à moi : il avait redressé la tête mais pas que !

Son corps comme son esprit s’étaient ouverts, il se tenait droit avec un regard aiguisé : il était sorti du brouillard. Il savait par quoi commencer aussi bien qu’où aller.

En un mot, il avait pris du recul par rapport aux situations qu’il vivait et s’était remis dans l’action.

 

 

« Et c’est là que j’ai décidé de… »

 

Passer du management vertical au management horizontal

Changer d’environnement

Créer mon entreprise

D’aligner ce que je suis avec ce que je fais et où je le fais

D’être utile et de trouver un sens à mon travail

D’accepter de se considérer avec bienveillance

Modifier son comportement au sein de l’équipe

Reprendre le sport

D’en finir avec le passé

De prendre du recul

Etc.

Ces mots expriment une rupture avec ce que vous faisiez avant de « prendre la décision » de faire autrement.

Qu’ont de commun toutes ces décisions ?

Elles ne sont pas issues de la pensée automatique. Elles ont demandé qu’on s’interroge parfois « en notre âme et conscience » avant de passer à l’action.

Les neurosciences cognitives nous apprennent que notre cerveau prend environ 60 000 décisions par jour qui heureusement se font de manière aussi automatique à l’insu de nous, c’est-à-dire sans y porter notre attention : respirer, marcher, réflexes, jugements (j’aime /j’aime pas, c’est bien / c’est mal, il faut / il ne faut pas, etc.).

A titre d’exemple, dans ma pratique du jumping je me suis distendu les ligaments du genou gauche. J’ai dû marcher avec des béquilles sans plier le genou deux mois. Quand j’ai été autorisée à remarcher sans béquilles, je n’avais plus mal mais j’avais perdu l’habitude de marcher « automatiquement ».

Je ne savais plus comment attaquer le sol avec mon pied : par le talon ? la plante ou la pointe du pied ? Plus ou moins 21 jours m’ont permis de retrouver ma façon de marcher pour le faire « sans y penser ».

 

Pensée automatique versus pensée adaptative :

Notre cerveau fonctionne à l’économie

90% de nos actions sont faites sans y penser, c’est-à-dire à l’insu de notre conscience.

Notre cerveau fait le tri de façon inconsciente pour garder en conscience que les choses qu’il juge importantes. Il gère la pénurie car le champ de notre conscience est limité.

Rappelez-vous de vos premières leçons de conduite : il vous fallait penser à tout : regarder dans les rétroviseurs, mettre les clignotants, penser au régime moteur et à changer de vitesse, etc et c’était très fatigant !

Aujourd’hui, vous faites tout cela sans y penser tout en restant vigilant.

En cas d’imprévu ou de situations inhabituelles (verglas, route glissante, brouillard, etc.), vous passez en mode de pensée adaptatif pour agir « en conscience ».

Et quand l’indécision devient chronique ?

La procrastination, une habitude culpabilisante, souffrance du quotidien.

Dans « L’embarras du choix », le film d’Eric Levaine sorti en mars 2017, Alexandra Lamy incarne une indécise pathologique qui à la suite d’un trauma d’enfance, s’est toujours arrangée pour laisser aux autres le soin de décider pour elle. Dans cette comédie, elle en arrive à accepter de se marier à deux hommes le même jour.

Quels sont les facteurs qui entravent notre prise de décision ?

On y trouve le plus souvent la peur, l’estime de soi et la méconnaissance de son alignement nourris par les « drivers » inconscients qui sous-tendent aussi bien nos actions que notre indécision.

Les 5 drivers sont un concept établi par le psychologue Taibi Kahler, issu de l’analyse transactionnelle. Ce sont des messages qui, à force d’être répétés, influencent inconsciemment notre comportement depuis notre enfance.

Les cinq drivers sont : « Sois parfait », « Fais plaisir », « Sois fort », « Fais des efforts », « Dépêche-toi ». Chacun d’entre nous possède un ou deux drivers dominants.

Le « Sois parfait » intervient dans la peur de se tromper et dans la peur de l’échec.  Les personnes perfectionnistes craignent de faire une erreur et croient qu’on attend d’elles la perfection. Elles ont peur de ne pas être à la hauteur.

Elles vivent donc beaucoup d’anxiété décisionnelle et préfèrent alors ne pas choisir plutôt que de faire face aux conséquences de leurs choix.

Le « Sois fort » intervient dans la peur de l’inconnu. Il est présent chez les gens qui supportent mal l’incertitude et les imprévus. Ils anticipent souvent ce qui pourrait mal tourner et vivent beaucoup d’anxiété devant les choses qu’ils ne peuvent pas contrôler.

Le « Fais plaisir » et le « Fais des efforts » interviennent dans la peur de déplaire.

Ces personnes ont besoin d’être approuvées par leur entourage personnel et/ou professionnel. La personne ne choisit pas en fonction de ses besoins ou de ses désirs, mais en fonction de ceux des autres ou de ce qu’elle croit qu’on attend d’elle. Cette projection engendre des biais cognitifs et des fausses croyances qui ajoutent du stress au processus de décision.

Le « Dépêche-toi » ajoute une culpabilité et une pression sur l’hésitation ou le report des décisions.

 

L’estime de soi est l’évaluation que fait un individu de sa propre valeur.

Pour la psychologue canadienne Isabelle Falardeau, spécialiste mondiale de l’indécision :

Les individus possédant une faible estime de soi doutent de leur valeur personnelle.

Ils sont plus sensibles à l’échec, car cela ébranle la perception qu’ils ont d’eux-mêmes : ils se croient moins valables.

Ils ont davantage de difficultés à prendre des décisions lorsque celles-ci sont observées ou jugées par autrui en raison de leur peur de l’échec et du jugement.

Les individus ayant une faible estime de soi tenteront de l’augmenter en cherchant à se faire accepter par les autres. Ainsi, ils peuvent prendre des décisions pour plaire à autrui plutôt qu’en se fondant sur leurs intérêts personnels.

Ils souffrent davantage de procrastination décisionnelle car ils préfèrent retarder le plus possible le moment de décider par crainte de faire le mauvais choix.

Autre facteur amplifiant les difficultés à décider : la méconnaissance de soi.

Comment savoir ce qui nous convient le mieux dans connaître nos valeurs, nos besoins, ce qui nous rend heureux, ce qui nous permet d’être performants ?

 

 

Les 3 étapes d’un processus de décision serein et conscient :

L’exploration pour repérer tous les éléments qui sont en jeu

La maturation pour évaluer les avantages et les inconvénients des options possibles.

La situation est inconfortable : chaque possibilité est évaluée, on passe d’un choix à l’autre. C’est cette insatisfaction qui va nous pousser à la décision et à la prise de risque qu’elle implique.

– la résolution : le processus s’achève par une décision et une certaine libération de notre esprit avec le fameux « ça, c’est fait ! ».

 

Comment un coach peut accompagner le processus de décision ?

 

Que ce soit pour un individu ou pour une équipe, un coach vous « décolle » du problème en vous offrant un regard positif neutre, en éclairant des zones d’ombres par un questionnement orienté solutions jusqu’à la phase d’engagement individuel et collectif.

En coaching d’équipes, un coach pourra par exemple :

. Animer un débat technique (avec ou sans vote) pour accompagner une décision difficile qui concerne toute l’équipe. Cela permet d’étudier la situation ensemble pour mieux comprendre les avantages et les inconvénients propres à chacune des options.

La décision sera éclairée des ressentis, partages de représentation et propositions de chacun.

Il est possible d’attribuer (par vote) à chaque avantage et inconvénient soulevé un pourcentage qui représente leur importance ou leur poids dans la prise de décision

. Faire visualiser la situation réussie en partant de la ligne d’arrivée : Il s’agit d’un exercice de futur au présent. L’équipe se projette à 5 ans. Elle a atteint son objectif de résultat, le visualise en le décrivant précisément et en exprimant comment chacun ressent dans son corps cette réussite. Ensuite en suivant une ligne de temps nous établissons un rétro planning des décisions à prendre année par année et même mois par mois pour y parvenir.

 

En coaching individuel, l’objet du questionnement et des reformulations du coach sera de :

. Vous faire imaginer votre problématique de décision sous l’angle d’un autre intervenant réel ou imaginaire. Si un proche, votre N+1, votre assistante, votre concurrent, votre fournisseur, etc.  vivait une situation semblable, que lui conseilleriez-vous ? Cette technique permet de prendre du recul et de retrouver la sérénité du choix.

. Vous recentrer sur la personne que vous êtes, ce qu’il y a de plus stable en vous.

Quelles sont vos valeurs, vos priorités, goûts, désirs, etc. ? Qu’est-ce que vous n’aimez pas ou qui ne vous ressemble pas ?

. Vous reconnecter avec vos ressources : Pourquoi penser que vous êtes un mauvais décideur ? Le biais cognitif de la négativité nous pousse à plus retenir les expériences négatives que les positives car les réseaux cérébraux sont câblés pour repérer les dangers en premier. Le coach en incarnant le comportement-cible (neurones miroir) vous incite à orienter vos pensées vers vos réussites : vous avez de l’expérience, vous avez dans votre vie déjà réussi maintes prises de décision.

. Vous faire diviser en étapes ou en petites décisions la grande décision que vous voulez entreprendre : les quick wins engrangés vous conforteront tout au long du processus.

. Vous proposer un questionnement paradoxal en vous proposant d’examiner le pire des scénarios possibles à la suite à votre décision. Comment vous pourriez faire face à ces embuches ? Vous constaterez que vous êtes tout-à-fait capable de vous sortir de cette situation, ce qui facilitera votre prise de décision.

Pour terminer, je voudrais citer la psychologue canadienne Isabelle Falardeau, spécialiste du problème de l’indécision :

« Lorsqu’on prend une décision, on prend un risque puisqu’on ne sait pas vraiment quelle est la meilleure solution.

Si on le savait, on n’aurait tout simplement pas de choix à faire. La réponse s’imposerait par son évidence. À moins de connaître l’avenir, choisir représente un saut vers l’inconnu.

Décider, c’est à la fois prendre du pouvoir sur sa vie tout en acceptant de perdre momentanément le contrôle sur les événements à venir.

Décider, c’est s’ouvrir aux impondérables de la vie. »

Sylvie Grimblat – L’oeil du Bonheur Coaching

sylvie.grimblat@me.com

06 70 20 63 75

About the Author:

Sylvie Grimblat
"Trouvez l'équilibre dans le mouvement, osez vous adapter au changement" Coach d'équipes certifiée, spécialiste du team-building débrieffé, mon coaching s'appuie sur un cadre et une méthode inspirée par les neurosciences pour créer de la valeur pour vous. J'établis des diagnostics d'équipes (modèle systémique des énergies) pour vous donner les clefs d'un meilleur engagement, facteur de productivité et de bonheur au travail en m’appuyant sur les dernières découvertes des neurosciences. Mes points forts sont : L'analyse systémique d'équipe : chacun fait partie d'un tout et le tout interagit sur chacun. Au sein de l'entreprise, cet effet est décuplé. A partir de cette analyse, je sais où poser le miroir pour vous accompagner dans la réalisation de vos objectifs et de vos enjeux. L'adhésion au changement : grâce à mes connaissances en neurosciences, je mets l'équipe dans les conditions favorables pour dépasser la résistance au changement. La révélation des soft-skills et le déploiement de l'intelligence collective : je mets en exergue la synergie entre les équipiers. Ceci passe par la cohésion et la confiance, la communication non violente, la motivation et l'engagement. Chacun trouve sa place, un sens et une reconnaissance dans ses fonctions. Il s'agit aussi de faire des bilans de fonctionnement, de travailler sur le rayonnement, la visualisation, les valeurs opérantes etc. En m'appuyant sur les neurosciences et mon expérience de manager d'équipes en mode projet dans l'audiovisuel, je forme à la prise de parole en public : média-training, efficacité de la parole, pitch en groupe ou individuellement lorsqu'il s'agit de lever des freins. Le coaching devient "neuro coaching" pour plus d'efficacité et des résultats plus rapides sur l'adhésion au changement. J'interviens aussi sur les réglages de fonctionnement des équipes comme les processus d'inclusion (on-boarding), les régulations, les bilans de fonctionnement, la formation aux rôles délégués pour la conduite de réunions efficaces, l'organisation de débats, de co-développement, de world-café, etc.

3 Comments

  1. Isabelle O'Sullivan 3 avril 2018 at 9 h 27 min - Reply

    Tout a fait vrai. Penser a soi-meme, et ne pas laisser le passe vous entraver… ce que j’ai fait quand j’ai pris a 50 ans la decision de partir vivre en Irlande apres m’etre laissee bloquer pendant des annees par tout ce qui est decrit dans cet article. Le resultat? une vie professionnelle et personnelle transformee et totalement amelioree,

  2. Paul Devaux
    Paul Devaux 3 avril 2018 at 18 h 50 min - Reply

    merci sylvie de cet article. Ce serait in tressant que tu nous dises un e prochaine fois, comment tu coaches l’émancipation de ces drivers ?

  3. Michele Raulin 5 avril 2018 at 7 h 51 min - Reply

    Merci Sylvie pour ton article clair et bien documenté ! Bravo pour ton coaching ! Vive le choix !!!

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