Comment stimuler ses neurones pour vaincre la page blanche

//Comment stimuler ses neurones pour vaincre la page blanche

Qui n’a pas un jour séché devant une page blanche, un après-midi entier par exemple lors d’une rédaction au temps du collège, et regardé avec amertume le grand ciel bleu et maudit ses professeurs, jurant de ne plus jamais vouloir être confronté à cette épreuve, et bloquant ainsi un élan créateur pour des années ? Notre quotidien est rempli de communications écrites : rédaction d’un article sur un blog, élaboration d’un rapport à un client, à sa direction, à ses collaborateurs, conception d’un mémoire, d’une thèse, ou de tout document mettant en forme un processus, une idée géniale à faire passer etc. Et nos journées sont alors vécues avec tension, énervement pouvant aller parfois jusqu’à la colère, l’impression de perdre son temps, ou un sentiment d’impuissance ou de lassitude. Tout ceci pour aboutir à un bout de papier fade, sans odeur, insipide, malgré toute l’énergie dépensée. Voyons comment sortir de l’ornière.

Souvenir. A l’école, l’on demandait un résultat, mais sans livrer la recette magique pour y arriver. C’était à chacun de se débrouiller, en demandant conseil à ses parents, voire en leur demandant de rédiger à notre place, ou en se battant avec sa peur et en sortant épuisé, ou encore en faisant un copié-collé croyant que personne n’y verrait rien. Nous essayions d’utiliser notre tête avec les moyens du bord, en reproduisant des façons de faire déjà utilisées mais non adaptées à la problématique, sans avoir appris vraiment à se servir de son cerveau et de toutes ses capacités créatrices.

Que d’après-midis passés dans le bonheur total si nos professeurs avaient eu les clefs pour ouvrir les vannes de notre motivation et nous conduire doucement à exprimer nos talents d’écrivain, même si l’on sait aujourd’hui que notre cerveau n’est complètement mature que vers l’âge de 25 ans !

Quel état d’esprit développer pour une plume créatrice ?

Répondant avec un groupe d’amis à un appel à propositions d’habitat participatif, je fus inspirée par le chapitre « Charte » devant présenter comment nous envisagions de vivre ensemble : règles de vie collective, gestion des différents, partage de valeurs communes etc. Ma plume (ou plutôt les touches de mon clavier) était prolixe et virevoltait pour poser noir sur blanc toutes les idées qui m’habitaient et les faire partager, exercice à la fois de structuration, de réflexion, d’inventions, de retrouvailles. Ce sentiment de fluidité totale, loin d’être systématique, semble néanmoins répondre à certains principes.

Une plume a besoin d’une structure. La mienne a eu la chance de se former sous les conseils de ma professeure de français au collège, femme passionnée et hyper pointue. Elle m’a transmis son goût des phrases bien faites, et de la logique également.

Une plume a besoin de liberté de style. J’ai rencontré et travaillé avec un grand homme, à la fois ingénieur (des Arts et Métiers) et artiste. Il m’a parlé de ses moments où il écrivait ou dessinait, simplement, et cela a débridé mon écriture.

Quelques années plus tard, j’ai compris, au cours d’une formation donnée par l’Institut de Médecine Environnementale, quels états d’esprit pouvaient être présents devant une page blanche : un état d’esprit enfermant qui cherche à tout prix un résultat formidable tout de suite et sans travail, ou un état d’esprit ouvert dont l’essence est le chemin emprunté plus que le but recherché.

Aujourd’hui, partir d’une page blanche est un vrai plaisir… surtout si les idées n’arrivent pas tout de suite.

Alors comment faire ?

Il y a au moins deux méthodes de mon point de vue, chaque méthode étant liée aux préférences de chacun :

  • soit élaborer un plan, et quand la structure est là, elle se remplit automatiquement
  • soit laisser couler les idées, puis les retravailler, les ordonnancer, les organiser, les peaufiner, les lustrer comme le polissage d’une forme d’argile qui va devenir raku-nu

Je pourrais développer ces deux méthodes en m’appuyant sur le processus créateur d’un peintre, d’un compositeur… Je préfère zoomer sur le second état d’esprit, en me replongeant sensoriellement dans les moments passés à l’écriture de la charte, et en faisant émerger quelques métarègles (terme utilisé en gestion de projet, pour donner une orientation globale plutôt qu’une procédure à suivre strictement), ou clefs (que je ne peux qu’activer devant un micro-ordinateur, Word ayant l’effet du couteau du peintre qui retravaille la matière qu’il a posée).

CLEF N°1 : Se brancher sur ce qui nous anime profondément

Cela se traduit par : avoir envie, être inspiré, sentir en nous quelque chose de vivant, qui nous motive depuis toujours sans que nous sachions pourquoi, qui nous fait vibrer, être dans le plaisir de faire, se faire plaisir, se débrider, se lâcher, être dans le comme si, ne rien brusquer, laisser le temps faire son oeuvre.

Les idées ne sont peut être pas encore là, sur le papier, mais elles vibrent, immatérielles encore, comme un nuage au dessus de la tête, elles nous remplissent, on les sent prêtes à sortir, à l’état brut d’abord, il suffit de les laisser vivre et devenir plus denses pour qu’elles s’expriment.

Ce premier mouvement est une stimulation de ce qui nous habite, de nos passions, de notre personnalité.

CLEF N°2 : Ouvrir les vannes sans filtrer

Autrement dit : laisser émerger les mots qui osent pointer leur nez, les regarder, les écouter, sans rien forcer, sans attendre qu’ils nous parlent, les observer comme un anthropologue, avec étonnement, sans rien juger, les laisser vivre quoi, prendre le temps de se raccorder à eux pour délicatement pour les coucher sur le papier, relire le texte du « problème » sans rien chercher pour relancer l’inspiration si besoin est.

C’est le fameux lâcher-prise qui, quand il est provoqué par injonction, se rebiffe car sa nature même est de ne rien attendre, sinon vivre le moment présent (ça vous rappelle quelque chose ?)

Ce deuxième mouvement est à la fois rapide mais peut durer longtemps, léger, c’est-à-dire sans aucun effort, et peut être dense, c’est le monde des paradoxes qui peuvent cohabiter. Il stimule un état d’esprit qui puise des briques existantes pour les assembler autrement, qui réactive des valeurs (sûres) pour les remodeler à sa guise, ou qui crée carrément de la nouveauté, et répond ainsi spécifiquement à la question posée. Mode créateur par essence, qui travaille tout seul !

CLEF N°3 : Contextualiser l’émergence

C’est réduire la matière prolixe qui a émergé pour la faire rentrer dans le cadre proposé, l’ajuster au niveau sémantique attendu, la transformer en une forme logique inébranlable de telle sorte qu’une lecture, même quelques années plus tard, rappellerait un sentiment de justesse.

Ce troisième mouvement fait appel à notre faculté à mettre en relation des éléments entre eux, pour en faire un système vivant adapté à son environnement.

Quels bénéfices secondaires ?

La charte ainsi créée est une oeuvre vivante, représentative de la vie que je souhaite vivre avec mes amis. Elle est ensuite complétée, modifiée, transformée par eux : centrée sur le plaisir de créer et non sur le résultat, je peux être réceptive aux idées des autres.

C’est également ce processus que j’utilise lors de la rédaction d’un rapport pour mes clients, suite à un diagnostic par exemple. Il est riche et permet à mes interlocuteurs de rebondir et d’avancer.

By | 2017-04-13T14:30:15+00:00 18/01/2015|Psychologie & Neurosciences|1 Comment

About the Author:

Agnès AVIGNON
Consultante spécialisée dans les risques psycho-sociaux. Des études d’ingénieur (ESTP) et une spécialisation en ingénierie de la formation et sociologie des organisations (CESI) l’entraînent à faire évoluer en permanence sa pratique des outils de communication et des méthodes de gestion du changement (ANC, Systémique, PNL…). Elle pratique le tir à l’arc et l’aviron qui lui permettent d’expérimenter ses nouvelles découvertes.

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  1. AVIGNON 22 janvier 2015 at 14 h 46 min - Reply

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