Couvrez ce stress que je ne saurais voir

//Couvrez ce stress que je ne saurais voir

Cachez vos émotions négatives, mécréants, vous ne savez pas ce que vous risquez dans cette socio-culture de la compétition ! Gros, en fait. Notre société pointe du doigt le stress telle une dame affreuse. En réprimant les ressentis négatifs, l’effet boomerang est garanti ! Et si on faisait du stress son allié pour gagner en sérénité et créativité ?

Apologie du zen et du bien-être

Alors que j’officiais dans mon rôle de formateur auprès du personnel d’un hôpital sur la gestion du stress, je réalisais le classique tour de table avec, parmi d’autres éléments, les attentes et le volontariat à cette formation. Une stagiaire prit la parole, suivie de deux de ses collègues, toutes les trois travaillant dans le même service. Elles n’étaient pas franchement volontaires pour ce thème, curieuses simplement du contenu. En réalité, elles avaient été quelque peu « poussées à l’inscription » par leur cadre, celle-ci ne supportant pas… le stress dans son équipe ! Humaine mais curieuse démarche (managériale) finalement que de demander aux autres (ou d’exiger) d’être dans un état d’esprit qui éviterait de faire flamber le sien. Le stress agit tel un virus, et c’est bien entendu aux autres de changer ! L’enfer, c’est les autres disait Sartre… ou plus justement notre perception des autres (ce qui était plutôt d’ailleurs le point de vue du philosophe). Et oui, il y a quand même beaucoup de choses qui nous appartiennent, pour ne pas dire la majeure partie de ce qui génère de l’inconfort chez nous.

Dans la civilisation de la performance et du résultat, les émotions négatives n’ont pas leur place, elles sont montrées du doigt. Elles sont synonyme d’échec. Le stress, c’est pour les faibles, les fillettes (« pas vrai les gars ?!! », réponse : « Ouaaaiiiiiis !!! »). Tantôt un auto-jugement sur l’anxiété (« j’aime pas me sentir comme ça, il faut que je me contrôle, je vais passer pour qui ? »), tantôt la culpabilité d’une colère (« je m’en veux vraiment d’avoir haussé le ton… »), quand ce n’est pas le poids de la honte à ne plus réussir à faire face, démotivé, épuisé. Parler de ses émotions c’est déjà toute une histoire (surtout pour un homme. Pardon, un mâââle), mais alors évoquer des ressentis négatifs, jamais ! Ou alors si, chez un psy, au moins ça ne sort pas de chez lui, secret professionnel oblige. Appelez moi Christophe André ou Jacques Fradin ! D’ailleurs, il vous le dira Jacques : le stress, ça traduit une incohérence d’attitude, l’imposture de notre mode mental automatique qui se mêle de ce qu’il ne sait pas gérer : le complexe et l’inconnu, que pilote par contre sereinement et intelligemment notre mode mental adaptatif. Grosso modo, ne peut prendre en compte le signal de stress, c’est persévérer dans l’erreur.

Le calme n’est plus seulement un état, il est devenu une valeur. Pourquoi pas, après tout l’intention demeure louable. Seulement voilà, tout le problème vient de ce qui se joue en arrière plan dans les caboches, conditionnées à la culture du zen et du bien-être (un marché plein d’avenir commercial et durable car centré sur les symptômes) : le stress, c’est pas bien. Point. Il n’en faut pas moins au cerveau pour réaliser un bel effet rebond et renvoyer en pleine figure un paquet d’émotions négatives, et entretenir un cercle vicieux : moins je veux entendre parler de stress (chez moi et chez les autres), plus j’y suis sensible. Essayez un peu de trouver des moyens suffisants et adaptés à quelque chose que vous ne voulez pas. La voilà l’irrationalité ! D’ailleurs, les spécialistes des thérapies cognitives et comportementales (TTC) ont bien montré que le stress cognitif était basé sur un refus, le refus de prendre la réalité comme elle est. Ahh on la voudrait tellement autrement… Les émotions ont deux faces, une positive et une négative. Pourquoi occulter la seconde ? Elle est là, fait partie du programme. Vous vouliez tenter l’hédonisme, un max de plaisirs et une fuite des déplaisirs ? Mauvaise pioche, ça ne marche pas pour être heureux.

Diable, mais on ne s’en sortira jamais alors ?

Accepter les émotions négatives pour les gérer… et être créatif !

L’acceptation n’est pas la résignation, où l’on subit, où l’on n’agit pas ou plus, convaincu le plus souvent qu’il n’y a pas de solution. Accepter, c’est reprendre le pouvoir sur l’expérience vécue, c’est redevenir acteur en influençant le cours des évènements. Facile à dire en effet lorsque l’on a « la tête sous l’eau », où rien ne va plus. Alors voilà deux exercices pour « découvrir » le stress (cesser de se le cacher) et reprendre la main sur ses ressentis, et par là sur son attitude et son comportement.

Le premier consiste à devenir curieux de ce que produit le stress, en soi : ce que l’on ressent dans telle situation, ce que l’on se dit, ce qui se produit dans le corps (« tiens c’est vrai qu’à chaque fois que je suis derrière quelqu’un qui n’avance pas en voiture, j’ai toujours la même pensée – c’est un con ! – j’ai les mains crispées sur le volant, tous les muscles du haut du corps sont tendus, je suis énervé. Et je prends des risques pour le doubler ! »). Cette posture de curiosité constitue la base de la Mindfulness (ou pleine conscience), cet « état de conscience qui résulte du fait de porter son attention, intentionnellement, au moment présent, sans juger, sur l’expérience qui se déploie moment après moment » (Kabat-Zinn, 2003), dont les vertus – mieux être personnel et relationnel – ont été démontrées à travers de nombreuses études.

Le second exercice concerne notre système de valeurs, qui tend à se rigidifier avec l’expérience. Nos valeurs (le « bien »), et surtout nos antivaleurs (le « mal »), sont à la base de jugements erronés, de principes, de certitudes. Pour les assouplir et rendre acceptable les comportements qui nous agacent – et mieux gérer la situation – tentez de trouver des inconvénients à vos valeurs (le calme, le zen, ou l’optimisme par exemple, partout, tout le temps, en toute circonstance, cela aurait quoi comme inconvénients, pour moi et pour les autres ?) et des avantages à vos antivaleurs (le stress, l’agressivité ou le pessimisme, quels en seraient les avantages parfois, pour moi et pour les autres ?). A quoi cela sert-il pardi ? A couper la fâcheuse tendance de notre mode mental automatique à mettre les gens (entre autres) dans des cases toutes prêtes et à ne pas/plus tenir compte du contexte. N’oublions pas : les mécanismes de conditionnement « surexploitent » les vécus négatifs. Les pensées irrationnelles et les stratégies d’évitement/d’affrontement ont rapidement le vent en poupe dans nos circuits cérébraux. Le stress est là pour le rappeler !

Le danger, ce n’est pas ce qu’on ignore, c’est ce que l’on tient pour certain et qui ne l’est pas . Mark Twain

Si le stress est un signal d’incohérence interne, pourquoi ne pas en tenir compte ? Lorsqu’il y a un incendie heureusement que les alarmes résonnent pour évacuer ! Tout se passe comme si dans notre culture il fallait taire ce qui permettrait justement de basculer dans un état d’esprit adaptatif, largement représenté par les capacités insoupçonnées du cortex préfrontal (partie du cerveau derrière le front), dont tout le monde a accès ! Cette bascule s’apprend, et vite. Car vous l’aurez bien compris, l’enjeu n’est pas que celui du stress : c’est aussi permettre à chacun de s’épanouir et d’exploiter sa créativité.

Les stressés sont décidément des gens plein de talent qui s’ignorent. Championne de la sinistrose et de la consommation d’anxiolytiques et d’antidépresseurs, la France possède alors, à bien y regarder, des ressources de créativité et d’innovation inouïes. Le changement (interne), c’est maintenant ?

By | 2017-04-14T21:22:28+00:00 04/12/2014|Psychologie & Neurosciences|2 Comments

About the Author:

Philippe BAREL
Rédacteur en chef du blog. Coach d’équipe, de responsables d’équipes et consultant-formateur en santé et qualité de vie au travail (SQVT). Diplômé en psychologie du sport (Université Paris-Sud) et en préparation physique et mentale (Université de Bourgogne), il accompagne les équipes des entreprises, sportives et hospitalières à concilier santé et performance. Membre de la Société Française de Psychologie du Sport, du réseau SQVT Nouvelle-Aquitaine (Afnor) et partenaire de l’Institut de Médecine Environnementale, il s’investit dans l’e-santé avec Kiplite, société experte dans l’optimisation personnalisée de l’autonomie physique et psychologique. Il a exercé l’ostéopathie durant 12 ans.

2 Comments

  1. guet 8 décembre 2014 at 15 h 34 min - Reply

    Merci pour cet aperçu et j’ai déjà constaté une amélioration grâce aux petits exercices, mais comment faire pour aller plus loin?
    peut on prendre rdv avec vous, intervenez vous pour des particuliers ou uniquement dans le cadre d’une société?

    • Philippe BAREL
      Philippe BAREL 9 décembre 2014 at 21 h 58 min - Reply

      Bonjour, merci de renseigner votre demande dans la rubrique Contact en haut de page. Cdlt

Leave A Comment