De la logique interne d’une activité à son enseignement : l’exemple du triathlon

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Bien connaître l’activité, la décoder, l’analyser finement… autant de connaissances à accumuler et à prendre en compte pour dérouler un ruban pédagogique et proposer une méthode d’enseignement. Voilà la tâche à laquelle s’est attaquée la Fédération Française de Triathlon (FFTri) pour proposer à ses éducateurs un kit pédagogique destiné à l’enseignement de la discipline pour les enfants âgés de 6 à 13 ans.

La première étape aura consisté à identifier les invariants de la discipline, ou actions motrices (c’est-à-dire ce que l’on fait). Pour effectuer un triathlon, et ce quel que soit son niveau, chacun doit se mettre à l’eau, nager, se repérer, monter sur son vélo… Autant d’actions motrices qui composent le déroulé d’un triathlon. Dans un second temps, l’observation in situ des pratiquants aura permis d’appréhender leurs stratégies et d’identifier les conduites motrices (c’est-à-dire comment on fait).

Et pour percer les secrets de cette discipline, je vous invite à voyager au cœur de sa logique interne à travers deux prismes : le filtre des rapports et le filtre des ressources.

Le filtre des rapports

Le rapport au corps nous plonge immédiatement dans une des spécificités des sports d’endurance qui concerne la faculté pour l’athlète à « lire» certains phénomènes corporels tels que la respiration, la fréquence cardiaque, les sensations (musculaires, respiratoire, etc.) ou encore la pénibilité de l’effort. Cette faculté, nommée intéroception ou encore proprioception, permet de mieux se connaitre et d’agir de manière appropriée.

Activité à distance-limite, le triathlon comporte évidemment une pression temporelle omniprésente. Ce rapport au temps concernera avant tout les compétiteurs effrénés, ceux qui se démèneront pour boucler l’épreuve en un minimum de temps… et la gagner pour celle ou celui qui effectuera le meilleur temps.

Pour beaucoup, triathlon rime avec « grands espaces ». Nous sommes effectivement dans une activité « ouverte » et ce rapport à l’espace incrémentera le degré d’incertitude en fonction des capacités de chacun d’interagir avec le milieu au sein duquel il évolue. Ces dilemmes peuvent être rattachés à deux courants de pensées : le cognitivisme selon lequel l’action est planifiée, anticipée (possible lorsque l’incertitude est minimale), et le courant écologique, défendant une adaptation motrice suivant le contexte et l’environnement.

L’équipement technique (combinaison natation, vélo, chaussures course à pied…) nécessaire pour effectuer un triathlon est rattaché au rapport à l’objet. Et l’utilisation de ces différents matériels induit des conduites motrices en lien avec le niveau de compétence chez les triathlètes.

Mais le rapport le plus riche est probablement le rapport à autrui. Ce dernier constitue le fondement même de ce que nombreux chercheurs nomment la sociomotricité. Plus le sport est dense sur le plan des interactions (et donc de la sociomotricité), plus il apporte de richesse lors de sa pratique. Et le triathlon, contrairement à certains idées reçues, est très sollicitant au niveau des interactions entre pratiquants. Qu’il s’agisse…

  • D’interactions motrices directes reflétant le paradoxe du triathlon : sport individuel comprenant des actions de coopération et dans le même temps d’opposition ;
  • De communications motrices qui définissent des actes de coopération momentanée avec d’autres concurrents (opportunes ou construites) ;
  • De contre-communication motrices qui sont les oppositions entre concurrents (gênes, contacts, préhension) et qui peuvent être passives, actives préméditées ou réactionnelles ;
  • D’interactions motrices indirectes qui utilisent des actions motrices porteuses de sens comme les gestèmes (gestes permettant de transmettre une demande sans l’usage de la parole) ou les praxèmes (comportements porteurs de messages précédant certaines actions tactiques et pouvant être interprétés par les partenaires ou les adversaires) ;

… on peut conclure que le triathlon est un sport riche en ce qui concerne le rapport à autrui et pour lequel l’enjeu éducatif est réel : apprendre à communiquer pendant la course et à interpréter le sens des actions motrices de ses adversaires pour en retirer des intentions tactiques et agir en conséquence.

Le filtre des ressources

Je vous propose d’appliquer ce filtre à une phase spécifique du triathlon, à savoir les transitions. Nous observons la sollicitation des ressources suivantes :

  • Cognitives: à travers les incertitudes liées à l’environnement et au comportement des concurrents ;
  • Affectives: dues au stress de la compétition et à la promiscuité avec les concurrents et les spectateurs ;
  • D’équilibration ou posturales : le changement de posture induit par la transition natation/vélo (passage de la position couchée à la position debout) entraine un changement de stabilité posturale qui doit être travaillé pour être plus efficace ;
  • Bioénergétiques: une dépense énergétique conséquente est visible à l’analyse de la Fréquence Cardiaque des triathlètes.

Durant le décours d’un triathlon, l’ensemble des ressources de l’organisme est sollicité à un degré plus ou moins important suivant le niveau d’expertise de l’athlète.

Cette logique interne de l’activité à laquelle ont été sensibilisés de nombreux éducateurs dans leur parcours de formation au sein de la FFTRI nous permet aujourd’hui d’entamer une réflexion sur l’enseignement du triathlon adapté aux enfants de 6 à 13 ans. Elle ouvre un nouveau « champ des possibles », nous amène à nous questionner et à revoir certaines méthodes d’entraînement et/ou d’enseignement.

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Il est admis de tous que le triathlon est une discipline à dominante énergétique. Les notions de volume d’entraînement, de répartition des charges, de développement des temps de soutien à différentes allures prennent tout leur sens dans la planification des séquences de travail de notre discipline. Néanmoins, à un âge pour lequel ces notions peuvent ne pas représenter une priorité, de quelle alternative disposons-nous ? De quelle façon pouvons-nous concevoir l’entraînement et l’apprentissage du triathlon chez des enfants de 7 ou 8 ans ? Quels contenus ? Quelle méthode ? La logique interne de l’activité peut nous aiguiller dans les apprentissages prioritaires à proposer. C’est précisément ce que l’Ecole Française de Triathlon promeut aujourd’hui auprès de ses structures et de ses entraîneurs.

Equilibre : « état d’un corps en repos qui est soumis à des forces qui s’annulent ».

A la lecture de cet article, à vous d’équilibrer, de rééquilibrer ou de déséquilibrer le « tape-cul des apprentissages».

By | 2017-04-13T14:30:14+00:00 14/02/2015|Education & Pédagogie, Sport & Santé|1 Comment

About the Author:

Laurent MASSIAS
Directeur Technique National Adjoint à la Fédération Française de Triathlon. Professeur de sport, diplômé en préparation physique et coach certifié CCTI. Entraîneur National de 2000 à 2008 et coordinateur du projet de développement de la Fédération depuis 2009. Auteur d’ouvrages de référence dans la formation des cadres techniques.

One Comment

  1. Agnès Avignon 9 novembre 2015 at 17 h 08 min - Reply

    très enrichissant comme article
    merci Laurent

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