Entraîneurs, concentrez-vous sur les forces des athlètes !

//Entraîneurs, concentrez-vous sur les forces des athlètes !

Dans notre première partie, nous traitions des préférences individuelles et de la nécessité d’en tenir compte en les nourrissant, c’est-à-dire en respectant les besoins associés aux forces naturelles exprimées par le biais de ces préférences. Nous avons également parlé des « deux marches » de Sohier qui sont deux organisations fonctionnelles, parfaitement cohérentes, permettant de faire face à la gravité terrestre en générant deux postures capables de nous « verticaliser » (la marche par le haut et la marche par le bas). Nous allons maintenant expliciter un peu plus les différences qu’il est possible de constater.

Quatre organisations motrices différenciées

Chacune des postures associées à la marche (par le bas ou par le haut) peut être à son tour combinée avec une des stratégies visuelles particulières que nous nommons à hautes ou à basses fréquences. Pour mieux comprendre ce que cela signifie, la figure suivante représente deux visions différentes d’une même image (au centre) lorsqu’elle ne laisse ressortir que les basses fréquences (à gauche) ou que les hautes fréquences (à droite). Au niveau corporel, ActionTypes a mis en évidence que les personnes privilégiant les basses fréquences possèdent une colonne vertébrale aux courbures naturellement accentuées, tandis que celles qui utilisent d’abord les hautes fréquences affichent une colonne plutôt érigée dont les courbures sont plus effacées.

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La photographie d’une plage (au centre) a été traitée, dans les deux autres images, à l’aide de filtres de fréquences, comme le font nos yeux. À gauche, l’image montre que, si l’on ne conserve que les fréquences spatiales basses, on distingue les grandes parties claires et sombres de l’image, qui correspondent aux différents plans : le ciel, la mer et le sable. À droite, avec seulement les fréquences spatiales élevées, on distingue les détails, comme les nuages, le parasol et les transats. ©Bigstock. Tiré de l’article « Les détails ne nous sautent pas aux yeux » de Carole Peyrin, chargée de recherche au laboratoire de psychologie et de neurocognition de l’université Pierre-Mendès-France, Grenoble-II. La recherche, Juillet-Août 2013, N°477, p. 80-82.

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La combinaison entre le type de propulsion adopté et la stratégie visuelle préférée permet quatre variations que nous avons nommées D, G, R et C. Le tableau ci-après résume ces combinaisons.

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D         pour Distal (motricité distale ou dextérité) : mode de coordination privilégiant la symétrie corporelle et la gestion de l’espace propre éloigné du corps se situant à la limite des membres (coordination œil-mains et œil-pieds). En conséquences : ces personnes aiment pouvoir agir en manipulant avec leurs mains ou leurs pieds des objets à distance, elles recherchent le côté pratique et efficace de l’action.

G         pour Global (motricité proximale) : mode de coordination privilégiant la symétrie corporelle et la gestion de l’espace propre proche du corps. En conséquences : ces personnes aiment pouvoir agir en engageant leur corps en premier, elles recherchent la relation à l’autre et la grégarité.

R         pour Rythmique : mode de coordination privilégiant une asymétrie corporelle à gauche en gérant l’espace propre de manière proche à droite et éloignée à gauche. En conséquences : ces personnes aiment pouvoir agir en se démarquant par leur originalité, elles cherchent à être unique en s’inspirant des autres sans pour autant les copier.

C         pour Conceptuel : mode de coordination privilégiant une asymétrie corporelle à droite en gérant l’espace propre de manière proche à gauche et éloignée à droite. En conséquences : ces personnes aiment pouvoir agir de manière stratégique, elles recherchent l’efficacité à moindre coût.

De la nécessité d’individualiser l’entraînement

Aucun de ces modes de coordination n’est une limite à la performance, disons qu’ils représentent quatre formes différentes possibles parfaitement capables de réaliser la même fonction mais à leur manière. Nous possédons toutes et tous ces quatre variations mais dans un ordre qui nous est propre. Il s’agit donc de nourrir le premier afin que le dernier puisse également s’exprimer. Imaginions qu’en tant qu’entraîneur vous décidiez d’aborder directement la « faiblesse » de ce dernier mode en l’entraînant spécifiquement chez un athlète, vous ne pourriez en fait que créer un dangereux déséquilibre au sein de sa structure naturelle qui, elle, est parfaitement fonctionnelle en intégrant cette différence. Nous avons vécu le cas d’un jeune athlète de ski de fond dont le profil moteur possédait l’organisation CGDR, respectivement. Après l’avoir profilé, il nous a expliqué qu’il avait passé deux mois de sa préparation en mettant l’accent sur son côté gauche. Nous lui avons demandé : « Et tu n’as constaté aucun progrès ? » et lui de répondre : « Non, aucun ! ». Le R étant naturellement en dernier dans son profil, son côté gauche ne peut pas devenir une référence prioritaire puisque l’engagement de ce côté de son corps est d’abord une conséquence parfaitement naturelle du fonctionnement des trois autres (CG puis D). En mettant d’abord un accent sur son côté droit, il va paradoxalement mettre en place les conditions pour que son côté gauche puisse également profiter du travail accompli !

Chacune de ces quatre motricités se décline encore en quatre sous-variétés (1 à 4) qui marquent le degré de spontanéité du mouvement des individus. Les « 1 » étant ordinairement très spontanés et les « 4 » plutôt très contrôlés (les 2 et 3 sont intermédiaires). La richesse de l’Approche ActionTypes (ATA) tient dans le fait qu’elle prend en compte la dynamique des préférences motrices d’un individu. Nous ne sommes pourtant pas un profil mais nous avons bel et bien la capacité de passer d’un mode moteur à l’autre en fonction des besoins de notre expression naturelle. Soyons donc à notre propre écoute…

Il est donc très intéressant en tant qu’entraîneur d’aborder l’observation d’un(e) athlète par l’angle de ses forces intrinsèques. Semble-t-il être symétrique ou asymétrique? Dans le premier cas, il est plutôt « terrien » et il a donc besoin d’un accent sur les régimes musculaires dits concentriques tandis que dans le deuxième cas, il est plutôt « aérien » et avec un besoin d’accents dit pliométriques (développement de ses propriétés élastiques).

By | 2017-04-13T14:30:13+00:00 22/03/2015|Sport & Santé|1 Comment
Bertrand THERAULAZ et Ralph HIPPOLYTE
Bertrand THERAULAZ est directeur d'ActionTypes Consulting, co-fondateur de l’Approche ActionTypes (ATA) avec Ralph Hippolyte. Il est responsable de la formation francophone des entraîneurs professionnels à l’Office Fédéral du Sport (OFSPO) à Macolin (Suisse). Ralph HIPPOLYTE est directeur de H&N Consulting et co-fondateur de l’Approche ActionTypes (ATA). Il est ancien entraîneur de l’équipe de France de volleyball et professeur à l’INSEP.

One Comment

  1. Ewen Thomas 1 décembre 2016 at 13 h 03 min - Reply

    Quels sont les exercices qui devront être privilégiés ou au contraire diminués en fonction des quatre organisations motrices décrites dans l’article? En effet je suis triathlète et j’ai le profil moteur G mais je ne sais pas comment le valoriser.

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