La conscience fait l’objet de débats multiples au sein des neurosciences. Les discussions sur le sujet ne sont pas prêtes de s’arrêter pour des raisons qui tiennent à la fois à des difficultés scientifiques mais aussi à des partis pris idéologiques.

Une divergence dans les théories et les observations

Lorsqu’ils s’efforcent d’associer les manifestations de la conscience aux activités cérébrales, les neuroscientifiques sont loin de s’accorder sur l’origine, la localisation et le déroulement de ces activités. Selon certains chercheurs, il existerait un « siège » de la conscience. Par exemple il existe des théories qui prétendent, à la lumière d’observations pertinentes, localiser la conscience au sein du cerveau. Le circuit qui relie le thalamus au cortex cérébral constitue à cet égard une hypothèse fréquemment défendue. D’autres chercheurs défendent une hypothèse opposée en prétendant que le substrat neuronal de la conscience est largement distribué dans l’encéphale. Dès lors ils privilégient les fonctions de la conscience dont ils prétendent rendre compte de manière privilégiée.

Des théories différentes s’affrontent pour caractériser les fonctions de la conscience : certaines mettent en avant la réflexivité, la rétroaction, d’autres la liaison, la synthèse. Bref il n’existe pas d’accord sur la conscience dans les neurosciences, tant d’un point de vue théorique qu’expérimental, même si de nombreux chercheurs s’accordent pour dire que les progrès scientifiques viendront un jour à bout de cette épineuse question.

La conscience et le verbe

Au sein des neurosciences, les manifestations de la conscience sont très souvent associées aux comptes rendus d’expériences formulées par les sujets. A l’oral ou par écrit ces comptes rendus attestent d’une conscience plus ou moins aigue des expériences vécues. Cependant, bien que l’on puisse associer des activités cérébrales, voire un espace de travail neuronal global, à la capacité d’un sujet à se remémorer avec des mots un événement vécu mentalement, cela suffit-il à prouver l’origine biologique de la conscience ? Il est permis d’en douter car on ne comprend toujours pas pourquoi une activité neuro-électrique, même distribuée dans l’ensemble du cerveau, engendre une expérience consciente.

A tous ceux qui font remarquer qu’il existe encore un gouffre entre les descriptions et explications neurobiologiques de la conscience et l’expérience vécue par les sujets, certains chercheurs affirment qu’il n’y a pas d’autre voie et que ce type d’interrogation relève au mieux de la métaphysique. Il s’agit pour beaucoup de s’en tenir de bout en bout à une attitude objectivante et de n’accepter que les explications compatibles avec cette attitude. Selon cette conception le neuroscientifique doit se fixer comme règle de bonne méthode de ne jamais faire intervenir un élément de subjectivité dans ses comptes rendus. Or neutraliser tout ce qui a trait à la subjectivité pour traiter la question de la conscience c’est refuser tout témoignage énoncé à la première personne.

La première et la troisième personne

Les neurosciences abordent la question de la conscience à la troisième personne du singulier ou du pluriel : le ou les sujets témoignent d’une expérience, ils la formulent dans un contexte expérimental précis. La description objective des processus cérébraux associés à la conscience s’effectue à travers la désignation de sujets observables qui agissent, se meuvent, s’expriment selon des critères d’observation préalablement définis. Cette approche laisse indéterminé le fait qu’elle présuppose un état de conscience toujours présent, une expérience primordiale qui précède toute démarche objective. La conscience à la première personne n’est donc pas un objet ou un processus observable. On ne peut la mettre à distance. Elle est, pour certains spécialistes des sciences cognitives, incorporée, intégrée à l’ensemble de l’organisme et ne doit pas être détachée de celui-ci. Par ailleurs elle semble irréductible à la dimension quasi exclusive du langage comme l’ont montré plusieurs travaux de psychologie expérimentale.

La conscience à la première personne, ne scinde pas le monde en deux : l’objet et le sujet. Dans une certaine mesure elle crée le monde, fait simultanément émerger le corps et l’environnement propres qui caractérisent chaque être humain. La conscience de l’expérience vécue, fortement liée à la mémoire épisodique, intime, d’un sujet pose sans cesse aux neurosciences une question qui n’est pas près de s’éteindre. Comment la thèse de l’origine neurophysiologique de la conscience peut-elle s’imposer sans s’appuyer sur la conscience de ceux qui la formulent et la comprennent en tant que fait originaire ?