Mieux comprendre les fonctions cognitives pour favoriser l’apprentissage

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Les fonctions cognitives présentent un avantage épistémologique indéniable pour les neurosciences car elles leur permettent de s’accorder à propos du concept de cognition. En effet il n’existe aucun consensus, au sein de la communauté scientifique, quant à la définition d’un terme qui, selon les auteurs, peut se rapporter à la production de connaissances en général ou se référer à des activités cérébrales précises. La signification attribuée au concept de cognition varie grandement quand on parcourt le vaste domaine des sciences cognitives et les querelles sémantiques ne manquent pas à ce sujet. Cet état de fait se manifeste, notamment, par l’absence de mention et de définition de la cognition dans certains vocabulaires de sciences cognitives ou dans des ouvrages spécialisés sur les neurosciences. Il en va de même pour nombre de livres de philosophie des sciences qui ne cachent pas leur difficulté à donner une définition incontestable de la cognition. Bref, ce concept trouve d’abord sa signification scientifique à travers le prisme des fonctions cognitives.

Des fonctions cognitives en clair-obscur

On peut considérer qu’une fonction cognitive, du point de vue des neurosciences, correspond à la relation étroite entre des fonctions psychologiques comme, par exemple, la mémoire, la perception, l’attention et les structures cérébrales qui y sont associées.

Mais ce point de vue prête à discussion quand on associe à la cognition le langage en général, le raisonnement, la conscience, l’intelligence, qui ont tous un rapport avec la connaissance mais qui ne constituent pas des fonctions au sens étroit du terme (chimique ou biologique par exemple). D’ailleurs dans la littérature des sciences cognitives on constate que le terme « fonction » peut facilement être remplacé par ceux de « mécanisme » et de « processus ». Il existe ainsi des fonctions, des mécanismes et des processus cognitifs dont on saisit, parfois avec difficulté, les différences de sens et d’usage.

Si, pour les neurosciences, la notion de fonction parait se rapporter à des propriétés cérébrales actives, dynamiques, localisables, même si elles s’étendent sur plusieurs aires du cerveau, il n’en va pas de même pour toutes les disciplines traitant de la cognition. La situation se complique lorsque l’on fait intervenir des fonctions sensorielles et motrices dans le développement de la cognition et que l’on pose l’émotion et l’action comme des facteurs constitutifs de nos pensées, de nos images mentales. Aussi devient-il difficile d’appréhender dans ce contexte épistémologique ce qu’est réellement une fonction cognitive et ce, pour plusieurs motifs :

  • Le terme est utilisé différemment par nombre de spécialistes des sciences cognitives ;
  • Maints acteurs sociaux se réclamant des disciplines ayant trait à la cognition ont intérêt, pour des raisons diverses, à laisser subsister un flou sémantique autour du concept ;
  • Le foisonnement des démarches théoriques et expérimentales rend difficile l’instauration de définitions stables pour les concepts fondamentaux des neurosciences cognitives.

Quelques propositions pour surmonter les difficultés

Sans prétendre apporter des critères pour appréhender globalement le concept de « fonction cognitive », il est possible de se doter de quelques repères épistémologiques pour mieux saisir ce que peut désigner un tel concept. Ainsi peut-on estimer qu’une fonction cognitive se définit plus précisément, au sein des neurosciences, si l’on dispose des éléments suivants :

  • Un protocole expérimental susceptible d’être décrit avec des hypothèses testables (donc réfutables) ;
  • Une démarche d’observation directe des activités cérébrales, associée au protocole ou incluse dans celui-ci, notamment grâce à des technologies comme l’imagerie cérébrale fonctionnelle et la tomographie par émission de positons ;
  • Une comparaison effective entre des sujets « sains » et des sujets ayant subi des détériorations ou altérations de certaines facultés cérébrales (maladies, accidents), intégrable dans le protocole.

Si l’on admet la présence de ces éléments pour mieux comprendre ce qu’est une fonction cognitive, on s’aperçoit que l’on peut opérer une distinction dans le vaste ensemble de significations recouvert par cette notion. En effet les neurosciences cognitives définissent avec précision, selon les critères évoqués, des systèmes de mémoire, des mécanismes d’attention et de perception sélective, certains aspects du langage comme le lexique mental, le traitement des mots, qui peuvent s’appréhender comme des fonctions cognitives. En revanche l’imagination, l’intelligence, le raisonnement, par exemple, ne constituent pas des objets d’étude bien délimités et la conscience est souvent posée comme un problème à résoudre.

Un tel constat n’obère pas les différentes recherches menées autour de ces notions mais indique les principales avancées réalisées par les neurosciences cognitives et l’usage circonstancié que l’on peut faire de ces travaux, sans tomber dans des généralités creuses.

Un usage circonstancié des fonctions cognitives : la question de l’apprentissage

La compréhension et le développement des fonctions cognitives concernent, au premier chef, le domaine de l’apprentissage puisque les évolutions et progrès de cette activité (animale et humaine) semblent indissociables d’une connaissance de plus en plus approfondie du cerveau. Dans de nombreuses circonstances, il apparaît pertinent de relier les processus d’apprentissage à des fonctions cognitives décrites et analysées avec précision. C’est le cas pour des fonctions aussi essentielles que l’attention et la mémoire. L’importance de cette dernière ne fait aucun doute si l’on admet l’évidence selon laquelle l’apprentissage est un processus d’acquisition d’informations nouvelles alors que la mémoire se rapporte à la persistance de l’apprentissage sous un état qui peut intervenir dans le futur. A cet égard les acteurs sociaux impliqués dans l’apprentissage (enseignants, éducateurs, professionnels de la formation etc.) ont tout intérêt à examiner avec soin les apports des neurosciences sur une fonction cognitive comme la mémoire. Ces apports sont nombreux et permettent d’élargir le champ de l’apprentissage à partir d’observations importantes :

  • Il existe plusieurs formes de mémoire qui correspondent à des circuits cérébraux différents (explicite, implicite etc.) ;
  • Certains systèmes de mémoire s’activent inconsciemment et complètent la mémoire consciente, déclarative, ils concernent les habitudes, les conditionnements, les amorçages etc. ;
  • Les traces laissées dans la mémoire procédurale (implicite) s’estompent peu avec le temps (contrairement à la mémoire explicite) ;
  • On peut, dans certaines conditions, observer un apprentissage implicite de concepts.

Ces observations, et bien d’autres, attestent de la connaissance approfondie d’une fonction cognitive comme la mémoire dont on peut déterminer les structures cérébrales qui la sous-tendent et tester les différentes modalités de réalisation. Cela n’interdit nullement d’aborder des fonctions cognitives moins étayées par l’observation scientifique, comme l’imagination par exemple, et cela permet de se confronter à la richesse et à la complexité d’un tel concept.

About the Author:

Didier NAUD
Directeur chez Towards Conseil. Diplômé du Centre d'Etudes Diplomatiques et Stratégiques de Paris, Docteur d’état en épistémologie, ancien chercheur associé au CNRS, il est directeur chez Towards Conseil en charge de formaliser le lien entre les pratiques et les méthodes du cabinet avec les travaux les plus en pointe en sciences sociales et cognitives.

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