Pascal Prévost propose une série d’articles consacrés à l’impact de l’activité physique sur nos performances et notre santé globale. Ce second billet est le premier à aborder l’impact du mouvement et de l’activité physique sur nos performances cérébrales.

Nous avons (trop rapidement) oublié l’héritage des philosophes orientaux et occidentaux qui ont dans un premier temps souhaité conserver cette unité du corps et de l’esprit. L’erreur de Descartes fut peut-être de créer une dichotomie là où il n’y en avait pas par simple anthropocentrisme. Corps et esprit sont en interaction permanente. L’un ne peut faire sa petite vie sans l’autre. Telle est la leçon que nous allons mettre en évidence à travers cet article.

L’école péripatéticienne au service de notre cerveau

Attention au contre-sens ! L’école péripatéticienne n’est pas ce que vous croyez. Il faut remonter à Socrate pour comprendre ce que c’est. Ce grand penseur, inventeur de la philosophie morale et politique, enseignait oralement à ses disciples et élèves en se promenant. Plus tard, Aristote fonda l’école péripatétique, ou école péripatéticienne, l’école philosophique fondée en 335 av. J-C au Lycée d’Athènes.

Sans le savoir ou de façon intuitive, lorsque l’enseignant faisait son cours avec ses élèves en marchant (activité physique des plus simples s’il en est), il stimule indirectement l’activité cérébrale, et par là même les capacités de réflexion, d’analyse, de compréhension, grâce à une augmentation de l’afflux sanguin cérébral.

En effet, en position statique debout ou assis sur une chaise, le débit sanguin chute de 20% par rapport à la position allongée. Cela veut dire par exemple que, me concernant, pendant que je fais une conférence ou que je donne un cours en restant immobile sur place, je suis moins performant au niveau cérébral.

Par chance, je ne supporte pas de rester immobile. Je marche, je bouge les bras en même temps que je me déplace, ce qui va augmenter le débit sanguin au niveau cérébral. Cela va préserver ainsi mes fonctions cérébrales et permettre de faire face aux besoins en énergie liés à mon activité.

Bouger pour notre cerveau

Notre cerveau rétrécit avec l’âge. Pourtant, de récents travaux suggèrent qu’il est également capable de remarquable plasticité, même en fin de vie. C’est une très bonne nouvelle car cela signifie que si l’on trouve la façon de stimuler cette plasticité – c’est-à-dire sa capacité à maintenir sa capacité d’adaptation, sa capacité d’apprendre, de changer si cela est nécessaire pour être plus performant – alors il serait possible de maintenir nos fonctions cérébrales tout au long de la vie.

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Actif oui, mais comment ?

Bien que le cerveau soit fait pour le mouvement, il semble que toutes les formes d’activité physique ne se valent pas, qu’elles n’aient pas le même impact sur notre cerveau (cardiotraining, renforcement musculaire, stretching etc.).

Les activités de type cardio-training que l’on trouve par exemple dans les salles de fitness (course, vélo, rameur, elliptique etc.) facilitent la production de nouveaux neurones dans une région du cerveau appelée l’hippocampe dont le rôle est fondamental pour la mémoire, la rétention et restitution d’information, quel que soit l’âge de l’individu. Ceci permet d’améliorer les capacités d’apprentissage à tout âge grâce à un maintien de la plasticité de cette région du cerveau. C’est la même chose pour le nombre de connexion entre les nouveaux neurones qui travaillent ainsi plus rapidement par le réseau mis en place et facilitant la mémorisation à long terme. La stimulation est tellement efficace qu’elle élève même l’activité des gènes associée à la production des molécules impliquées dans l’apprentissage et la mémoire (BDNF et sérotonine).

Idem pour le fameux cortex préfrontal à la mode depuis quelques années, siège de nos fonctions cérébrales capables de gérer la complexité, l’aléatoire, toutes les fonctions exécutives dont le rôle est la planification, l’organisation, l’élaboration de stratégies, l’attention et le rappel les détails, et la gestion du temps et de l’espace. Autant dire tout ce que l’on peut faire au quotidien pour être performant.

Au final

Bouger est très important pour notre cerveau. On pensait avant que le rôle du cerveau était de générer le mouvement. On s’aperçoit aujourd’hui que le mouvement transforme le cerveau. 

On ne bouge pas parce qu’on pense mais on pense parce qu’on bouge. Llinas, 1987