Pour une approche pluridisciplinaire de la préparation physique

Home/Sport & Santé/Pour une approche pluridisciplinaire de la préparation physique

Préparer des athlètes physiquement revient à individualiser son approche, à avoir l’intention de percevoir qui on est réellement et qui sont les personnes avec lesquelles on évolue. Certes, encore faut-il savoir quels éléments individualiser et avoir un minimum de connaissances pluridisciplinaires sur les facteurs à même de pouvoir influencer l’état de performance d’un athlète.

On comprend alors rapidement deux choses essentielles comme préparateur physique. Tout d’abord, que des éléments tels que la force, la vitesse, l’endurance, la mobilité et la coordination ou l’apprentissage moteur au sens large se doivent d’être combinés en fonction du profil moteur des athlètes avec lesquels on travaille et que, surtout, l’essentiel se situe ailleurs. Il convient dès lors de définir cet ailleurs et de trouver avec finesse quels sont les leviers susceptibles de nous motiver comme entraîneur, tout en gardant la motivation des athlètes investis dans leur discipline sportive.

Une histoire de composantes physiques à combiner en fonction des profils moteurs

Lorsque l’on entraîne des athlètes de pointe, on se rend rapidement compte que ces derniers ne bougent pas tous de la même manière. Regarder des personnes courir est l’un des exemples le plus frappant, tant l’hétérogénéité des techniques adoptées par les coureurs est vaste. Or, si l’on extrapole cette observation des individus aux gestes propres à la préparation physique, on s’aperçoit que les athlètes réalisent certes tous les mouvements techniques demandés, mais que l’économie et l’aspect naturel d’un mouvement varient considérablement d’un individu à l’autre pour des personnes travaillant toutes au plus haut niveau. Cela revient à dire que, à ce niveau d’excellence, tout le monde est capable de tout faire, mais que les mouvements ne semblent pas avoir tous la même dynamique naturelle. C’est dès lors une approche presque philosophique : Est-ce que je souhaite faire travailler les athlètes déjà formés sur leurs points forts ou sur leurs points faibles ? Ou, formulé autrement : Comment est-ce que je permets aux athlètes d’avoir une conscience encore plus fine des mouvements qui leur siéent naturellement et pour lesquels ils doivent simplement lâcher prise, et avoir confiance dans les stratégies mises en place par leur organisme ?

Mon choix s’est avant tout orienté sur la valorisation des postures qui, d’après moi, permettent aux athlètes de réellement exploiter leurs divers potentiels. Privilégier cette approche revient à favoriser l’autonomie et la responsabilisation de soi, autrement dit, à laisser la liberté aux athlètes de savoir ce qui leur permet de se développer pleinement et être partie prenante des choix d’entraînement.

Travailler en fonction des profils moteurs revient à travailler tous les exercices avec tout le monde, mais dans des proportions différentes. Prenons quelques exemples significatifs:

1- Prendre en compte le type de marche préférentielle, soit la « marche par le haut » ou la « marche par le bas »

Adaptations possibles à l’entraînement :

  • Travailler davantage sous forme de stop and go ou de transitions plus continues
  • Travailler plus sur les groupes musculaires ou sur des notions de pliométrie, d’élasticité
  • Tout le travail de force est réalisé selon un certain rythme et selon des angles de travail préférentiels différents.

2- Prendre en compte l’alignement préférentiel des segments, soit les personnes « horizontales » et « verticales »

Adaptations possibles à l’entraînement :

  • Placement des coudes dans l’axe du corps ou légèrement décalés dans les gainages ventraux par exemple
  • Alignement ou décalage naturel des segments dans les exercices en salle de force.

3- Prendre en compte la notion de « points de mobilité naturels »

Adaptations possibles à l’entraînement :

  • Favoriser des séances de mobilité avec des détentes musculaires adaptées aux besoins des individus (point mobile sous les omoplates ou aux hanches, etc.).

Oser prendre parti pour le respect des profils moteurs revient à laisser les différentes motricités s’exprimer et valoriser la différence au-delà des aspects techniques connus et conscientisés, qui peuvent se révéler potentiellement limitants.

Se connaître et oser être vulnérable

Et si je commençais par me connaître et me dévoiler en tant qu’entraîneur pour permettre à l’athlète avec lequel je travaille d’atteindre le haut niveau ? Aussi paradoxal que cela puisse paraître, ce ne sont que les zones de vulnérabilité assumées d’un préparateur physique qui permettront de laisser une place à un athlète physiquement bien préparé et prêt à livrer une performance. La relation entraîneur-athlète passe sans aucun doute par la compréhension de qui je suis comme entraîneur pour ensuite s’intéresser à l’autre, percevoir ses besoins, s’adapter et, si tout se passe bien, performer non pas seulement comme athlète, mais comme individu en adéquation avec son identité.

Cet apprentissage de soi-même vise avant tout à assumer ses différences et à expliciter les situations à même de pouvoir révéler une motivation intrinsèque naturelle. La notion de complétude prise en compte revient à définir ce développement de soi comme étant un partenaire de vie durable. En effet, seule la volonté de rechercher une compréhension fine de son fonctionnement permet alors de s’ouvrir à la pluralité des individus avec lesquels on travaille. Comprendre qui l’on est en termes, par exemple, de personnalités primaires et secondaires, revient à entrouvrir le monde infiniment subtil de la motivation et aide à mieux respecter et valoriser les autres types de fonctionnement.

Cette recherche d’authenticité pour soi-même revient à se dévoiler auprès des athlètes en assumant qui l’on est pour leur laisser l’espace de s’exprimer à leur manière, de développer leur différence et assumer leur vulnérabilité. Cette ouverture vers soi nous emmène sans aucun doute vers cet ailleurs, ce petit rien qui va bien au-delà de tous les programmes de préparation physique, aussi bons et perfectionnés soient-ils.

Un athlète, un récit

La vérité absolue n’existe pas, que ce soit en matière de connaissance de soi ou de l’athlète avec lequel on travaille. Seul subsiste l’instant T d’un récit de parcours passionnant à écouter et qui nous amène dans cet essentiel qui semble ailleurs, et bien éloigné des séries de forces à tant de répétitions et tant de temps de récupération. Cela revient à se demander qui est la personne avec laquelle on a le privilège de construire une évolution sportive et une aventure humaine. La singularité et l’unicité des récits de vie méritent que l’on s’y attarde quelques instants pour aiguiser la curiosité de l’autre et comprendre ce qui anime réellement cet athlète à se dépasser et à performer jusqu’à l’excellence absolue.

Ecouter un récit, c’est laisser la place à l’imperfection, aux bosses, aux masques assumés et à la possibilité de vouloir faire évoluer son récit dans un autre monde que celui du sport de haut niveau. Je suis convaincue que la prise en compte du récit de l’athlète et le fait de lui offrir la liberté de vouloir continuer son histoire là où bon lui semble, y compris totalement en dehors du cadre sportif, sont les moyens d’atteindre cet ailleurs qui touche la motivation autodéterminée impliquant les notions d’autonomie, de compétence perçue et de proximité sociale. Recueillir un récit, c’est co-construire cet essentiel qui va bien au-delà des performances sportives, aussi excellentes soient-elles. C’est respecter et anticiper la formation suivie en parallèle du sport et la transition de carrière, si souvent occultées et pourtant tellement déterminantes dans le développement à long terme des athlètes, avec lesquels on a le privilège d’évoluer pour un instant éphémère de leur récit.

Une triade en guise de conclusion

S’exprimer librement sur sa profession, c’est sortir des connaissances scientifiques et prendre le pari de livrer sa philosophie de travail, de se livrer soi-même à l’instant T. Je suis persuadée que le savoir est en mouvance perpétuelle et que les acquis d’aujourd’hui seront discutés demain et je m’en réjouis déjà en termes d’évolution, d’adaptation et d’ouverture. Il me semble toutefois que certains aspects semblent intemporels : toutes les personnes bougent différemment, chaque entraîneur assumé offre une grandeur d’esprit et un espace à soi pour les athlètes et tout sportif est singulier dans son parcours de vie. Cette triade humaniste guide mon travail de préparation physique avec une profondeur allant bien au-delà d’une simple combinaison de composantes physiques à ajuster. Ce fut et c’est la plus belle découverte que mon métier m’apporte au quotidien.

By | 2017-04-13T14:30:11+00:00 22/09/2015|Sport & Santé|1 Comment

About the Author:

Ophélia JEANNERET
Préparateur physique en hockey sur glace. Collaboratrice scientifique à la formation des entraineurs suisses. Docteur en sciences du sport (orientation en psychologie sociale et cognitive), diplômée en management du sport, en préparation physique et en entrainement sportif élite/espoir.

One Comment

  1. Jérôme Bonnet 28 octobre 2015 at 12 h 07 min - Reply

    Cela fait maintenant plusieurs années que je collabore avec Ophélia en tant qu’athlète.
    Que se soit sur le plan physique, mental ou humain, Ophélia offres ses connaissances et, qui plus est, écoute et apprend de ses sportifs avec humilité.
    Ophélia considère et implique ses athlètes, de manière novatrice et constructive, dans cette quête fragile et merveilleuse qu’est l’excellence

    J. Bonnet, hockeyeur sur glace pro

Leave A Comment