Questions inspirantes

//Questions inspirantes

J’ai trouvé sur internet il y a quelques jours les vidéos de cet homme : Mooji, dont les entretiens publics m’ont inspiré.

  • Evidemment par leur contenu :
  • Et aussi (et peut-être surtout) par la qualité de présence de l’humain, assis là, à écouter, à répondre gentiment, patiemment, avec une précision de chirurgien de la conscience, qui manie le scalpel avec dextérité.

Les questions impertinentes qu’il renvoie avec douceur au mental et à l’ego sont proposées avec douceur et patience. Dans sa communication cet homme a beaucoup d’eau. Dans le fond de ce qu’il propose, et dans la relation qu’il instaure, ne nous y trompons pas : c’est du feu…

Questions impertinentes, l’air de rien…

 

Je trouve que la manière dont il propose ses questions est exemplaire d’une manière de coach. Indépendamment du fait qu’il enseigne depuis une tradition spirituelle (ce qui n’a rien à voir avec le coaching), je trouve qu’il renvoie le miroir avec beaucoup de sollicitude et de bonté, mais aussi avec humour et précision. C’est un homme créatif, qui ne manque pas d’inspiration, il peut donc s’exprimer avec éloquence tout seul sans être relancé. Mais dans ce court passage, on sent que son interlocutrice ne lui donne pas de feed-back et semble aspirée par son rayonnement. Il l’assume pourtant, et fournit des réponses avec aisance, tout en veillant à ce qu’elle ne se laisse pas bercer par la musique. Ainsi, avec tonicité (mais dans son style très doux), il la challenge et la met devant ses responsablités :

(je ne suis pas sûr de la traduction, ni parfaitement fidèle, mais j’essaie d’en restituer le sens général)

  • « Cela vous suffit ? Voulez-vous interrompre maintenant, comme ça ? » (au bout de 45 minutes de monologue où elle ne réagit presque pas, tout de même)
  • Non, j’en veux encore… (elle le regarde, comme subjuguée. Elle a expliqué auparavant dans l’entretien, qu’elle a longtemps hésité avant de se présenter devant lui, et qu’elle a finalement réussi à vaincre sa timidité pour franchir le pas, et ne pas en rester là avec son intention initiale de le rencontrer personnellement…. Et du coup elle y est, elle y reste !)
  • « Bien… sur quelle quantité supplémentaire voulez vous encore « mettre la main », dîtes-moi… » (il dit cela sans ironie, sans la disqualifier, mais il le dit tout de même, dénonçant ainsi la démarche mentale consistant à toujours en vouloir plus, sans pour autant se prendre en charge,  en réfléchissant soi-même. C’est plus facile, voire fascinant, de se laisser entretenir par la pensée brillante et le rayonnement de coeur du « grand autre »…S’il se prenait lui-même pour un grand autre, il pourrait dire « arrêtons-là maintenant, je vous en ai assez dit, réfléchissez un peu de votre côté maintenant », ou bien « ma douce enfant, bien sûr que je vais vous nourrir jusque la fin des temps, je suis votre papa pour l’éternité… »…Au lieu de cela il accueille sans prendre parti et invite même plus avant :
  • « En quoi ces réponses ne vous ont pas suffi, que voulez-vous d’autre ? Dîtes-le moi, maintenant s’il vous plaît… »
  • (elle reste en silence…)
  • « Pourquoi ne pas en rester là, maintenant ? (Et je sens qu’il ne dit pas cela par impatience ou parce qu’il suggère d’interrompre, mais plutôt pour l’aider à prendre une position.)
  • « Ce n’est pas assez ! »
  • « OK, En avez vous eu plus que ce que vous aviez besoin, ou moins, ou bien cela n’a-t-il pas répondu du tout à votre besoin ? Que signifie « ce n’est pas assez ? » dîtes-moi maintenant quelque chose à ce propos… »

Je vous laisse le plaisir d’écouter le début et la fin de cette vidéo (un peu longue).

Personnellement, je m’en délecte à la fois :

  • pour le contenu (qui entre en résonnance avec ma propre démarche, mais cela c’est très personnel)
  • et pour la relation (par déformation professionnelle : je trouve que la relation que cet homme instaure avec ses visiteurs illustre quelque chose de la gratuité, qu’on retrouve dans le coaching, la gratuité de l’instant présent partagé – indépendamment du prix du coaching, ce qui est autre chose que la gratuité dont je parle là).

 

Le jeu du coaching

Il y a plein d’autres moments clés de cet entretien surlesquels j’aimerais zoomer et commenter. Mais après, je ne voudrais pas géner des personnes qui ne seraient pas à l’aise avec le contexte tout de même très spécifique de cet entretien, fortement conoté. C’est un guru qui cause et qui répond, et pas un coach qui écoute et pose des questions.

Mais je suis touché par la délicatesse de cet homme, par la bonté qui s’exprime dans ses regards. Et je trouve cela inspirant pour mon propre coaching (mais je ne dis pas pour autant que ce qu’il fait serait du coaching). Sa posture est plus proche de celle d’un formateur. Mais comme il parle de la conscience impersonnelle, que chacun de nous est, tout en parlant, finalement il ne fait qu’interroger, il n’impose rien. Ces affirmations sont autant de questions sans points d’interrogation explicites, mais ils y sont éminemment présents.

Il y a plein de façons de proposer des questions impertinentes qui mettent en mouvement le client. Par exemple, le silence en est une, le regard en est une autre, et pourtant dans les deux cas : il n’y a pas de mots !

Des fois on parle à quelqu’un depuis soi-même, depuis cet espace plus vaste que son « petit moi », et cela en soi est déjà une grande interrogation pour l’autre. La relation qui s’instaure entre deux, quand l’un ne s’identifie pas à son personnage, et se contente d’être présent avec tout son coeur, sans attente, sans espoir, sans jugement. Juste là… non pas là « pour » faire quelque chose, mais là « depuis » un état intérieur qui fait le boulot : C’est un miroir en soi. Cela vaut toutes les questions impertinentes, car cette atttitude est en soi hors du champ de pertinence du mental. Tout ce qui dépasse les bornes est non pertinent à ses yeux. C’est tout le jeu du coaching, ça…

 

Un sacré miroir (ou un miroir sacré ?)

Il y a 10 ans, j’avais suivi une formation  de leibthérapie sur plusieurs années. La leibthérapie (inventée par Karlfried Graf Dürkheim) est une sorte de massage corporel, qui ne vise pas un résultat, qui ne procède pas d’un « faire » habile, mais qui est une façon de lire à deux dans le livre des sensations inscrites dans le corps du patient. Avec délicatesse, il s’agissait d’accompagner en suggérant la sensation par un jeu de pressions sur les muscles. Ce qui était difficile pour moi à l’époque, c’était de ne pas « faire des trucs avec mes mains », mais juste de partager un état méditatif, sans intention (voir : « mieux se connaître en équipe« )

En plus, l’enseignant était allemand, sympa mais pas facile pour dialoguer… Maintenant je comprends mieux, que j’étais au pied du mur, tout seul face à la relation, sans mots pour me réfugier dans une histoire intello que j’aurais pu me raconter, seul dans l’expérience de me sentir incompétent. Donc finalement, je n’avais pas le choix : cela m’a permis d’être avec l’autre, tout simplement. Comme en coaching, sans a priori, sans intention.

Avec des réflexes professionnels bien entraînés, et avec une perspective d’objectifs choisie par le client : comment je peux accompagner… accompagner l’autre, m’accompagner moi-même, me laisser accompagner, etc… Comment, la Présence qui se manifeste quand je cesse de m’agiter en me prenant pour quelqu’un, peut-elle provoquer le résultat visé, quand on s’en désinvestit… Je crois que je ne me lasserai pas de cette vie entière pour apprécier goutte à goutte ce miracle ordinaire.

 

Au plaisir de vous rencontrer bientôt

 

Paul Devaux 06 10 56 14 96

 

By | 2018-01-14T14:27:30+00:00 28/12/2017|Education & Pédagogie|0 Comments

About the Author:

Paul Devaux
Après un passage « rapide » en école de commerce (Sup de Co Tours), Paul est formateur et Coach depuis une vingtaine d'années. Il dirige le Cabinet Orygin depuis 2006. Il pratique un accompagnement chaleureux et incisif, qui crée l’alliance et bouscule en douceur le cadre de référence de ses clients. Accrédité à la Société Française de Coaching en 2008, il est également superviseur de Coachs. A titre personnel, Paul Devaux pratique le Qi Gong, la méditation et le yoga depuis de nombreuses années, ce qui participe du recul dont il essaie de faire profiter ses clients. PAUL DEVAUX : 06.10.56.14.96

Leave A Comment